À Siguiri, le quotidien des habitants ressemble désormais à une succession de crises en chaîne. À peine la préfecture a-t-elle repris son souffle après la pénurie d’essence qu’une nouvelle asphyxie énergétique s’abat sur elle : le gasoil a disparu des pompes. Dans les rues poussiéreuses de la cité aurifère, les files de camions s’allongent, les moteurs s’éteignent et l’économie s’essouffle.
Les stations-service, vidées de leur carburant, ressemblent à des coquilles vides. Celles qui parviennent encore à distribuer quelques litres deviennent le théâtre d’un désordre organisé : des embouteillages monstres, des conducteurs excédés et des commerçants désespérés. Siguiri, poumon économique du Haut-Niger, tourne désormais au ralenti, faute de ce liquide vital.
Mais derrière la pénurie se cache une autre réalité, plus dérangeante : celle d’un pays incapable d’assurer la continuité de ses approvisionnements énergétiques, même dans ses zones minières stratégiques. Comment expliquer qu’une ville productrice d’or, censée être un moteur de croissance, soit réduite à l’impuissance par un simple manque de carburant ?
Le témoignage de Kaba Camara, habitant de la commune, résume bien la colère ambiante : « Pendant la crise d’essence, le gasoil était disponible. Mais depuis deux jours, impossible d’en trouver. Cette situation est encore plus grave : les camions, les groupes électrogènes, les machines minières, tout fonctionne au gasoil ! » Autrement dit, c’est tout le système économique local qui menace de s’effondrer.
Même alerte du côté d’Aboubacar Keïta, entrepreneur local : « Si rien n’est fait, de nombreuses entreprises vont s’arrêter. Même les concasseurs des mines artisanales consomment du gasoil. Presque toute la vie économique de Siguiri dépend de ce carburant. »
Et pendant que les habitants tirent la sonnette d’alarme, le silence de l’administration est assourdissant. Impossible de joindre le directeur préfectoral de la SONAP pour une explication. Ni justification, ni plan d’urgence. Juste une omerta administrative face à une population à bout de patience.
Cette énième crise du carburant illustre, une fois encore, la faillite de la gouvernance logistique et énergétique du pays. À chaque pénurie, les mêmes scènes se répètent : files d’attente, spéculation, silence des autorités. Aucune anticipation, aucune réforme durable.
Siguiri n’est pas un cas isolé : elle est le miroir d’une Guinée qui, malgré ses richesses, continue de trébucher sur la moindre panne d’organisation. Tant que la gestion du secteur pétrolier restera un fief opaque, soumis à l’improvisation plutôt qu’à la planification, les villes continueront à s’éteindre une à une — non pas par manque d’énergie, mais par manque d’État.
Moussa Aziz Camara




































