Neuf candidats, un seul fauteuil, mais un enjeu bien plus grand que la conquête du pouvoir : celui de la conscience nationale. À la veille du scrutin du 28 décembre, la Guinée se trouve à la croisée des chemins. Entre le vote identitaire qui divise et le vote de raison qui élève, le pays doit enfin décider s’il veut tourner la page des réflexes tribaux pour écrire, cette fois, l’histoire de son avenir.
Car le mal guinéen n’est pas dans les urnes, il est dans les têtes. À chaque élection, les slogans changent, les alliances se recomposent, mais le réflexe reste le même : voter pour “son frère”, “sa région”, “son ethnie”. On ne choisit plus un projet, mais une appartenance. Et pendant que la loyauté se mesure au nom de famille, la nation, elle, se délite.
Le passé qui colle à la peau
Depuis 1958, la Guinée peine à bâtir un vrai sentiment national. Les régimes se sont succédé, laissant derrière eux un peuple désabusé, enfermé dans la méfiance. On ne croit plus aux institutions, on espère juste que “les nôtres” accéderont au pouvoir. Mais à quoi bon conquérir le pouvoir si c’est pour gouverner contre les autres ? À quoi bon gagner une élection si le pays y perd encore cinq ans ?
Changer le pays, c’est d’abord se changer soi-même
Le salut ne viendra pas d’un homme providentiel. Il viendra d’un peuple lucide, prêt à voter pour des idées et non pour des visages. Refuser de vendre sa carte d’électeur, de cautionner la corruption, de s’injurier pour un parti : voilà les premiers gestes d’une Guinée nouvelle. Le vrai changement ne naît pas des promesses, mais des consciences.
Jugeons-les sur les actes, pas sur les slogans
“Je vais changer la Guinée”, disent-ils tous. Très bien. Mais qu’ont-ils déjà fait là où ils ont eu du pouvoir ? Quelle vision ont-ils pour nos écoles, nos hôpitaux, nos routes, nos jeunes ? Tant que les électeurs ne poseront pas ces questions simples, ils éliront encore des illusionnistes.
L’unité nationale, la seule richesse durable
Le jour où un Peul, un Malinké, un Soussou ou un Forestier voteront non pour leur camp mais pour leur pays, ce jour-là, la Guinée sera enfin indépendante — moralement et politiquement. L’unité n’est pas un slogan, c’est une condition de survie.
Le 28 décembre, chaque bulletin sera plus qu’un vote : ce sera un miroir. Celui d’un peuple qui devra choisir entre son passé de divisions et son avenir de raison.
Car, au fond, la question n’est plus de savoir qui sera président.
La vraie question est : la Guinée est-elle prête, cette fois, à se choisir elle-même ?
Sibé Fofana




































