Édito — Une crise née au sommet, qui menace d’entraîner tout le pays
Le Sénégal n’avait pas besoin de cela. À peine quelques mois après l’installation du tandem Bassirou Diomaye Faye–Ousmane Sonko au pouvoir, voilà que la maison se fissure par son toit.
Ce qui n’était qu’un désaccord sur la direction de la coalition présidentielle s’est mué, en quelques jours, en confrontation politique ouverte. Une brouille qui ne dit pas encore son nom, mais dont les conséquences, elles, sont déjà visibles : un exécutif qui se dédouble, une majorité qui se fracture, et un pays qui observe, inquiet.
Quand le différend tourne à la crise
Le bras de fer entre le président et son Premier ministre n’est pas qu’une querelle d’ego. Il révèle une tension plus profonde : la définition du leadership dans un pouvoir bicéphale, né d’une alliance politique atypique.
Ousmane Sonko revendique un rôle structurant au sein de la coalition qui l’a porté au sommet ; Bassirou Diomaye Faye, lui, entend exercer pleinement les prérogatives présidentielles qui lui reviennent.
Entre ces deux trajectoires, la machine gouvernementale risque la paralysie.
La médiation, dernier rempart avant la rupture
Les dernières 48 heures ont pris des allures de marathon discret : chefs religieux mourides, membres des familles des deux hommes, conseillers influents… Tous tentent de recoller les morceaux.
Sur les réseaux sociaux, les appels à l’apaisement se multiplient ; dans les bureaux du pouvoir, le silence domine. Aucune avancée concrète n’a été publiée, aucune piste officielle, sinon une certitude : le pays marche sur un fil.
Comme le rappelle un observateur politique : « Le propre de toutes les tempêtes, c’est de s’apaiser. » Encore faut-il que les acteurs laissent l’orage passer.
Des signaux politiques qui interrogent
Au cœur de la tempête, un geste retient l’attention.
Alors qu’Ousmane Sonko multiplie les appels à une réforme profonde de la justice, Bassirou Diomaye Faye a reçu, le 14 novembre, la présidente du Conseil constitutionnel pour discuter des « réformes à venir pour consolider l’État de droit ».
Hasard du calendrier ?
Ou volonté du président de reprendre la main dans un domaine hautement symbolique ?
Difficile de ne pas y voir un message politique adressé à son propre camp.
La crise gagne les marchés
À cette tension institutionnelle s’ajoute une inquiétude économique. Le ministère des Finances a dû envoyer une lettre aux investisseurs pour calmer un frémissement de panique : le Sénégal honorera ses obligations de dette et poursuivra ses discussions avec le FMI.
Quand un gouvernement en arrive à rassurer les marchés par courrier, c’est rarement bon signe.
Les investisseurs, eux, ont compris que l’instabilité politique n’est jamais loin de l’instabilité financière.
L’apaisement comme impératif national
Le Sénégal a bâti sa réputation sur la stabilité et le dialogue. Aujourd’hui, cette image vacille.
Le pays ne peut se permettre une guerre froide entre ses deux têtes exécutives. Ni sur le plan institutionnel, ni sur le plan économique, ni pour la confiance des citoyens.
Le duo Sonko–Diomaye Faye a été élu pour incarner une rupture, une gouvernance nouvelle, un souffle attendu depuis longtemps.
Pour l’instant, il donne plutôt l’impression d’un attelage désaccordé.
La crise peut encore se résoudre.
Mais si le sommet du pouvoir continue de tanguer, alors c’est tout le Sénégal qui risque de perdre l’équilibre.
Hassimou Mbaye pour lindependant.org






































