Édito
À un peu plus d’un mois d’une présidentielle annoncée comme décisive, le Premier ministre a choisi, ce vendredi à la Primature, de rappeler une vérité simple mais souvent négligée : une élection n’est jamais seulement une date sur un calendrier, c’est un moment de bascule, un test de maturité collective. Et le scrutin du 28 décembre ne fera pas exception.
D’entrée de jeu, le chef du gouvernement a replacé les Guinéens face à leurs responsabilités : élire celui ou celle qui portera le destin du pays pour les sept prochaines années. Une échéance lourde, stratégique, qui exige autre chose qu’un simple passage devant l’urne. Elle requiert une appropriation nationale du processus. Il en fait même le premier enjeu, martelant que seule une participation massive conférera une légitimité réelle au prochain locataire du Palais Sékhoutouréya. Dans un contexte où la défiance politique est souvent érigée en norme, l’appel est clair : reprendre en main le processus démocratique pour éviter qu’il ne soit confisqué.
Mais c’est sur le terrain du vivre-ensemble, ce concept galvaudé mais fondamental, que le Premier ministre place son deuxième avertissement. À l’heure où les campagnes électorales exacerbent les passions, où les clivages se creusent au rythme des meetings, il rappelle que la compétition ne signifie pas la fracture. Le pays, dit-il, ne peut se permettre de retomber dans les vieilles habitudes : tensions, invectives, surenchère identitaire.
Son message est limpide : concilier pluralité politique et cohésion sociale, faire de l’élection un exercice de pluralisme, pas de division. La démocratie ne doit pas être un champ de bataille, mais un espace où l’on confronte des visions sans déchirer le tissu national.
Dans cet appel à la responsabilité, il y a plus qu’une consigne de circonstance. Il y a une mise en garde : aucune alternance, aucune victoire, aucun projet de société ne vaut la paix sociale du pays. À l’heure où chaque camp fourbit ses arguments, où les ambitions s’affûtent et où la nervosité monte, la Primature rappelle une évidence : la Guinée ne se construira pas dans la fragmentation mais dans la cohérence et la concorde.
Reste à voir si, cette fois, la classe politique et les électeurs sauront entendre cet appel.
Amadou Diallo




































