Chronique —
Il y a des moments où un secteur longtemps laissé en friche retrouve un souffle nouveau. Ce mardi 25 novembre 2025 à Conakry, le ministère de l’Agriculture a offert plus qu’un simple bilan technique : il a livré la démonstration qu’une vision peut changer la trajectoire d’un pays. À la tête de cette dynamique, une femme dont la détermination ne cesse de surprendre : Mariama Ciré Sylla, ministre de l’Agriculture, architecte d’une transformation que plus personne ne peut ignorer.
Depuis l’arrivée du CNRD en 2021, l’agriculture a été érigée en priorité nationale. Mais encore fallait-il une main ferme et lucide pour traduire cette ambition en actes. Sylla, dans son intervention, a rappelé avec une précision chirurgicale les atouts incomparables de la Guinée : un territoire arable immense, des ressources hydriques enviées sur le continent, un climat généreux. Et pourtant, des décennies d’agriculture traditionnelle ont freiné l’essor du pays.
C’est justement là que la ministre entend marquer l’histoire.
Une révolution silencieuse, mais bien réelle
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 100 jours, les travaux d’aménagement ont dépassé les prévisions : 10 000 hectares aménagés, quand l’objectif n’en prévoyait que 7 000. Les équipements motorisés et moissonneuses-batteuses distribués à des tarifs accessibles, les crédits sans intérêt accordés aux producteurs, la réduction du gap d’importation du riz et la consécration de la Guinée comme premier producteur mondial de fonio : autant de signaux qui montrent que la machine est en marche.
Ce qui frappe, ce n’est pas seulement l’ampleur des résultats, mais leur cohérence. On sent la trame d’une stratégie, l’empreinte d’une dirigeante qui ne navigue pas à vue.
Moderniser un secteur vieux de plusieurs siècles
Sylla a également mis l’accent sur un chantier décisif : la réforme institutionnelle et digitale.
Cartographie des terres, chatbot agricole, portail statistique, guichet unique, delivery unit, direction dédiée à l’innovation digitale : la ministre fait entrer le secteur dans une ère que beaucoup n’imaginaient même pas possible.
Et surtout, la réforme foncière — serpent de mer depuis des décennies — avance enfin. Une politique et une loi foncières agricoles prêtes à être adoptées : un tournant historique pour sécuriser les producteurs et attirer l’investissement.
Une ministre qui mise sur la relance et la production
Relancer la SOGUIPAH, ressusciter la Société cotonnière de Kankan, finaliser un plan stratégique de grande envergure, installer une usine opérationnelle… Sylla semble vouloir redonner vie à tous les leviers qui avaient sombré dans l’inertie.
Son ambition est claire : faire de l’agriculture un moteur de création d’emplois, de richesse et de stabilité, jusque dans les zones les plus enclavées.
L’écho rassurant des partenaires
Le représentant du PAM, Cyridion Usengumuremyi, ne s’y est pas trompé. Au nom des partenaires techniques et financiers, il a salué la gouvernance renouvelée du secteur, cette volonté de coordination, de transparence et d’équité qui commence à se faire sentir.
Les partenaires réaffirment leur engagement : digitalisation, innovation, inclusion des femmes et des jeunes. Autant de thématiques où la ministre a su créer un terrain d’entente.
Les acteurs nationaux en ordre de bataille
Même son de cloche à la Chambre nationale d’Agriculture. Abdoul Sacko a insisté sur un point crucial : la clarification du rôle de chaque acteur. Grâce à la plateforme numérique du ministère, chacun pourra enfin suivre, comprendre et contribuer.
« Les difficultés sont autant d’opportunités », dit-il. On croirait entendre la philosophie même de la ministre.
Une vision qui se voit… et qui se montre
Pour clore la rencontre, une vidéoprojection a synthétisé les chantiers : mécanisation, réhabilitation, innovations digitales, investissements. Une preuve par l’image que la dynamique n’est pas que conceptuelle : elle est visible, palpable, mesurable.
Au fond, cette rencontre aura rappelé une chose essentielle : la Guinée n’est pas condamnée à importer ce qu’elle peut produire, ni à survivre quand elle peut prospérer. Avec Mariama Ciré Sylla, l’agriculture cesse d’être un discours et devient un projet national, ambitieux, structuré, assumé.
Et dans un pays où la terre a longtemps attendu son heure, peut-être faut-il enfin admettre que le renouveau agricole porte un nom et il est féminin.
Amadou Diallo






































