Dans une interview à Jeune Afrique, le Premier ministre Amadou Oury Bah a choisi la franchise. Sans euphémisme, sans détours, il a livré une lecture tranchée du paysage politique guinéen et des défis économiques qui attendent le pays. À travers ses propos, c’est une ligne claire qui se dessine : la transition a rebattu les cartes et ceux qui refusent de s’adapter sont condamnés à disparaître.
Dès l’évocation de Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, tous deux en exil, le chef du gouvernement ne prend pas de gants. « Certains se sont exclus eux-mêmes », tranche-t-il, rappelant que depuis le début de la transition, leur posture n’a jamais varié : le refus systématique. Le message est limpide : en politique, l’absence prolongée n’est pas un accident, c’est un choix – et il a des conséquences.
Amadou Oury Bah pousse même plus loin l’analyse en estimant que les acteurs ayant contribué à la validation du troisième mandat d’Alpha Condé ont, selon ses mots, « scellé leur propre destin ». Une manière de rappeler qu’en Guinée, la mémoire politique reste vive et que certaines décisions continuent de hanter ceux qui les ont prises. « Tous ceux qui ont participé à faire valider le troisième mandat se sont politiquement suicidés », dit-il sans ambiguïté.
L’édito prend une autre dimension lorsque le Premier ministre aborde la transformation du jeu politique. Selon lui, la transition a imposé de nouveaux codes, auxquels une partie de la classe politique peine à se conformer. « Les paradigmes ont changé. La classe politique, qui regarde toujours dans le rétroviseur, n’est plus audible », estime-t-il. Autrement dit : l’ère des discours figés, des stratégies d’un autre temps, est révolue.
Sur le terrain économique, Amadou Oury Bah adopte le même ton volontariste. Il met en avant le programme Simandou 2040, présenté comme la matrice d’une Guinée qui veut enfin sortir du piège de la rente minière. L’ambition ? Diversifier l’économie pour rompre avec la dépendance historique au minerai brut. Agriculture, tourisme, énergie, capital humain, santé : pour le Premier ministre, c’est l’ensemble du modèle qui doit être repensé.
En filigrane, une vision apparaît : celle d’un pays qui n’a plus le luxe d’attendre, ni celui de s’enfermer dans les vieux schémas. Entre rupture politique et réinvention économique, Amadou Oury Bah trace le contour d’une Guinée nouvelle mais prévient que seuls ceux qui auront le courage de se mettre au diapason pourront y trouver leur place.
Amadou Diallo






































