Reportage – Conakry
Dans une cour comble où se mêlent amis, sympathisants, enseignants et jeunes militants, le candidat du Bloc Libéral a dévoilé ce qui constitue l’un des piliers majeurs de son projet présidentiel : une refondation totale du système éducatif guinéen. Un engagement présenté comme « non négociable » et érigé en priorité nationale absolue.
Sous les applaudissements de la foule, Faya Millimouno a proclamé l’état d’urgence éducative, rappelant une réalité alarmante : « 83 % des enfants de 10 ans ne savent pas lire un texte simple, 44 % des filles quittent l’école avant la fin du primaire. Nous n’avons plus le droit d’attendre. »
Une école digitale pour chaque enfant
Au cœur de son programme, le candidat mise sur une transformation radicale :
« Un Enseignant, Une École Digitale », une initiative qui vise à doter toutes les écoles du pays d’outils numériques et d’un accès à une plateforme nationale d’apprentissage.
Des tableaux digitaux, des contenus interactifs, une connexion systématique : l’ambition est de faire entrer l’école guinéenne dans « l’ère du savoir universel ».
Dans le même élan, il promet une réforme profonde du statut de l’enseignant, présenté comme « le pilier oublié de la République ».
Chaque maître bénéficierait :
- d’une meilleure rémunération,
- d’une subvention pour avoir un logement décent,
- d’une couverture maladie universelle pour lui, son épouse et ses enfants,
- et d’un accès renforcé à des formations continues.
Les filles, au cœur du combat
Devant un public largement composé de mères et de jeunes étudiantes, Faya Millimouno a insisté sur un axe central de sa vision : l’autonomisation de la jeune fille.
Son équipe prévoit :
- des bourses ciblées,
- des cantines scolaires,
- un transport sécurisé,
- des infrastructures sanitaires adaptées,
- et une lutte renforcée contre le mariage précoce.
Objectif chiffré : 90 % des filles termineront le primaire d’ici sept ans.
Un investissement massif : 30 % du budget pour l’éducation
La question du financement, souvent éludée, a été abordée sans détour.
Le candidat promet d’allouer 30 % du budget national à l’éducation, un record dans l’histoire du pays.
Le reste proviendrait de :
- la réaffectation de 15 % des revenus miniers actuellement perdus dans « des contrats opaques »,
- des partenariats public-privé,
- et surtout, de la récupération des fonds détournés en Guinée et à l’étranger, évalués selon lui entre 500 millions et 1 milliard de dollars.
« Cet argent doit revenir au peuple et servir en priorité à ses enfants », insiste-t-il.
Un pacte avec les enseignants
Faya Millimouno a conclu sur un engagement fort :
« Aucun enfant sans maître, aucun maître sans dignité. »
Dans les rangs, certains enseignants venus de l’intérieur du pays hochent la tête, visiblement touchés par cette promesse rarement exprimée avec autant de vigueur dans une campagne électorale.
Alors que la rencontre s’achève, les discussions continuent par petits groupes. Beaucoup évoquent une « vision ambitieuse », d’autres un pari audacieux. Une chose est sûre : en plaçant l’école au cœur de sa campagne, Faya Millimouno entend faire de l’éducation le terrain majeur de la bataille du 28 décembre.
Alpha Amadou Diallo




































