Devant ses partisans, la candidate du Front pour l’alternance nationale (FAN) n’a pas simplement dressé un programme électoral, elle a posé une question qui traverse la Guinée depuis des décennies : comment un pays si riche peut-il rester si pauvre ?
Cette entrée en campagne, elle l’a voulue symbolique. Dubreka, dit-elle, l’a vue grandir et la voit aujourd’hui revenir pour « ouvrir une voie » avec ceux qui l’ont façonnée. Makalé Camara n’est pas dans la grandiloquence habituelle des meetings. Elle parle de combat, de route, de présence. « Je suis là parce que je me sens à ma place », répète-t-elle. Une manière de dire que sa candidature n’est pas une aventure personnelle, mais une continuité.
Son message, lui, est sans détour : la Guinée a tout une terre généreuse, un sous-sol convoité, une jeunesse abondante mais les Guinéens manquent toujours du minimum. « Pourquoi ne mangeons-nous pas à notre faim ? Pourquoi nos enfants fuient-ils les champs pour aller cultiver ailleurs ? », interroge-t-elle. Le contraste est saisissant : ceux qui quittent le pays parce qu’ils croient l’avenir bouché finissent à travailler les terres italiennes ou espagnoles, celles qu’ils dédaignaient ici.
Au cœur de son discours, une conviction : la souveraineté alimentaire n’est pas une option, mais une urgence nationale. « Manger à notre faim pour nous libérer du souci quotidien », dit-elle. L’idée est simple, presque basique, mais elle dit beaucoup de la Guinée d’aujourd’hui : tant que la survie absorbe toutes les énergies, la création, l’innovation et l’éducation resteront des luxes.
Mais Makalé Camara veut aussi faire de son engagement un signal adressé aux femmes. Elle revendique le droit d’« oser le pouvoir », de s’affirmer dans les quartiers, les communes et l’Assemblée nationale. « Sans le pouvoir, nous serons toujours derrière », martèle-t-elle. Une exhortation directe, assumée, loin des discours qui enferment les femmes dans des rôles symboliques.
En ouvrant sa campagne par ce questionnement frontal « Nous avons tout, pourquoi restons-nous pauvres ? », Makalé Camara ne se contente pas d’interpeller. Elle met la Guinée face à son paradoxe le plus persistant. Et si le véritable enjeu de cette présidentielle n’était pas seulement de choisir un dirigeant, mais de répondre enfin à cette question que personne n’a pu, ou voulu, résoudre ?
Saliou Keita






































