Chronique
Il y a des régions qui ne se contentent pas d’exister : elles respirent, protègent, racontent et rappellent aux hommes ce qu’ils doivent à la nature. La Guinée forestière, avec N’Zérékoré en épicentre, fait partie de ces territoires où chaque arbre parle, où chaque montagne porte une mémoire et où chaque sentier souligne la fragilité de notre lien à la forêt. À l’heure où s’ouvre la Saison Touristique 2025–2026, le sud-est guinéen nous renvoie à une évidence : sans la forêt, ni tourisme, ni patrimoine, ni avenir durable.
Au cœur de ce gigantesque poumon vert, le Massif de Ziama s’impose comme un sanctuaire écologique. Réserve de biosphère reconnue par l’UNESCO, il étend ses forêts primaires sur des milliers d’hectares, abritant une biodiversité que beaucoup de pays ne peuvent qu’envier. Ici, les arbres centenaires veillent comme des gardiens silencieux, les vallées respirent encore au rythme du climat ancestral, et les espèces animales s’y réfugient comme dans leurs derniers bastions. Ziama n’est pas seulement un site touristique : c’est une école vivante de l’équilibre écologique.
Plus loin, le Mont Nimba, sommet mythique de 1 752 mètres, rappelle que les géants ont parfois besoin qu’on les protège. Inscrit au patrimoine mondial, il symbolise cette nature qui résiste mais qui s’épuise si on cesse d’y prêter attention. Ses espèces endémiques, dont le célèbre crapaud vivipare, témoignent d’un monde qui n’existe nulle part ailleurs. Chaque randonnée y devient une leçon d’humilité, chaque prairie d’altitude une invitation à respecter ce qui dépasse l’homme.
La forêt, cependant, n’est pas qu’un décor ; elle est témoin. Dans la grotte Blinda, où jadis les populations trouvaient refuge, l’histoire rencontre la nature. Les projectiles n’y pénétraient pas d’où son nom. À l’entrée, une chute d’eau permettait de subsister. On y retrouve encore des outils et des poteries, preuves que la forêt a longtemps protégé ceux qui n’avaient que ses bras comme rempart.
Mais la Guinée forestière sait aussi surprendre. Le pont naturel de Lola, œuvre lente du temps et de l’érosion, rappelle que la nature sculpte mieux que les hommes. Plus loin, les ponts en lianes, comme celui de Konipara, témoignent d’un savoir-faire ancestral où l’homme ne contraint pas la forêt : il collabore avec elle. Ces ouvrages vivants, entièrement tissés à la main, démontrent que les communautés locales maîtrisent une ingénierie écologique bien avant l’heure des concepts modernes.
À N’Zérékoré, la forêt s’exprime également à travers ses peuples. Le musée préfectoral, les ateliers artisanaux, les marchés riches en couleurs et en senteurs composent un écosystème culturel qui complète l’écosystème naturel. Dans les villages comme Bossou, l’observation des chimpanzés habitués à l’homme rappelle la proximité- parfois fragile – entre l’humain et les autres habitants de la forêt.
Le lancement de la Saison Touristique 2025–2026 devrait être plus qu’une simple initiative économique : c’est un engagement à préserver ce trésor. Les écolodges, les routes réhabilitées, les sentiers balisés, oui. Mais à condition que chaque infrastructure respecte le maître des lieux : la forêt. Le tourisme n’a d’avenir ici que s’il devient un tourisme de protection, un tourisme d’écoute.
La vérité est simple : N’Zérékoré ne sera une destination durable que si la forêt reste vivante. Et dans cette équation, l’arbre n’est pas un décor mais une nécessité vitale, culturelle, historique et économique.
En ce sens, la région n’a pas seulement des sites à offrir : elle a une leçon à transmettre. Une leçon dont la Guinée — et toute l’Afrique de l’Ouest — aurait tout intérêt à s’inspirer.
Algassimou L Diallo






































