Il y a des chiffres qui claquent comme des rappels à l’ordre. Les 71,5 millions de dollars obtenus auprès du FMI ne sont pas qu’un appui budgétaire : ils sont le marqueur brutal d’un pays qui tente de se remettre debout après le choc ravageur de Kaloum. Et Mourana Soumah, ministre de l’Économie et des Finances, n’a pas cherché à enjoliver la réalité : le feu qui a englouti le principal dépôt d’hydrocarbures a aussi carbonisé les projections macroéconomiques du pays.
Dans un exercice de vérité rare dans la communication gouvernementale, Soumah rappelle d’abord le contexte : croissance révisée à la baisse, déficit budgétaire en hausse, équilibre économique fragilisé. À la veille de la loi de finances 2024, il a fallu tout reprendre, “tous nos fondamentaux”, dit-il. Le feu n’a pas seulement consumé du carburant : il a brûlé des points de croissance.
Mais la réponse de l’État, selon lui, n’a pas tardé. Sous l’impulsion du président Mamadi Doumbouya et du Premier ministre Amadou Oury Bah, une mécanique de réaction rapide se met en place. C’est ce travail qui ouvre la voie, le 6 mai 2024, à l’approbation par le FMI d’un financement de 53,55 millions de DTS. Pas un centime de trop quand il s’agit de combler des trous béants dans les comptes publics.
Reste une question : que va-t-on faire de cet argent ?
Le ministre veut donner un signal fort : transparence, traçabilité, reddition des comptes. Parmi les enveloppes engagées, 5 millions de dollars sont dédiés au social, via le FAAEFF, pour financer une centaine de microprojets censés aider femmes et ménages sinistrés à sortir de la précarité. Une respiration nécessaire, mais dont la mise en œuvre devra résister à la tentation des détournements, si fréquents dans les programmes “à vocation sociale”.
Soumah martèle : audit intégral de la Cour des comptes. Un protocole d’accord avec la BCRG. Le respect du reporting FMI. Bref : tout sera surveillé. Et pour cause : la crédibilité d’un gouvernement se joue parfois sur quelques lignes comptables.
Dans sa conclusion, le ministre veut croire que ce financement ne sera pas seulement un pansement économique, mais la matrice d’une relance locale, d’une dignité retrouvée et d’une reconstruction sociale durable. Vœu pieux ou réelle ambition ?
La chronique retiendra surtout que l’incendie de Kaloum, tragédie humaine et choc national, est devenu un test grandeur nature : celui de la capacité de l’État guinéen à gérer une crise avec rigueur, à justifier chaque franc, et à convertir l’aide internationale en transformations réelles.
L’heure de vérité commence maintenant.
Sibé Fofana






































