À quelques semaines d’un scrutin qui devrait engager l’avenir institutionnel de la Guinée, un acteur majeur décide de se retirer du jeu. Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG et figure centrale de l’opposition, a tranché : son parti ne participera pas aux élections du 28 décembre. Non par dépit, insiste-t-il, mais au nom d’un principe. Et d’un constat sévère : « Ce ne sera pas une élection, mais une mascarade ».
Dans une déclaration au ton grave, l’ancien Premier ministre décrit un appareil électoral, selon lui, inféodé au pouvoir en place. Il pointe un ministère de l’Administration du territoire dirigé par « un général placé sous l’autorité directe du candidat Mamadi Doumbouya ». Une architecture institutionnelle entièrement tenue par des officiers gouverneurs, préfets, sous-préfets, délégations spéciales qui, estime-t-il, réduit l’indépendance du processus à néant.
Et la sentence tombe, tranchante : « Un scrutin organisé par un ministre nommé par un candidat qui peut le démettre à tout moment ne peut être une élection ». Pour Diallo, ce rendez-vous électoral s’apparente à un « second coup d’État », cette fois dissimulé sous le vernis de la légalité.
Le choix du boycott est présenté comme un acte de défense républicaine, non comme une retraite stratégique. L’UFDG ne soutiendra personne, affirme son leader, pour refuser de « cautionner l’inacceptable » et réclamer des élections « inclusives, libres et transparentes ». À ses yeux, l’issue du vote est déjà écrite.
La dénonciation dépasse d’ailleurs la seule organisation du scrutin. Diallo évoque une gouvernance marquée, selon lui, par « des violations massives des droits humains » : morts lors de manifestations, disparitions forcées, décès suspects en détention, arrestations arbitraires. Des accusations lourdes, encore non tranchées par la justice nationale, mais qui nourrissent la défiance et l’indignation de son camp.
Face à ce tableau sombre, le leader de l’UFDG en appelle aux consciences. Il invite ses militants et plus largement tous les citoyens « épris de démocratie et de justice » à une abstention « dans la paix et la dignité ». Un geste qu’il décrit comme un acte de résistance. Un sursaut patriotique.
« La Guinée mérite des institutions fortes et des dirigeants issus d’élections véritablement libres », martèle-t-il, jurant que son parti « restera aux côtés du peuple » jusqu’au triomphe de l’État de droit.
Dans un pays habitué aux crises politiques récurrentes, ce boycott ouvre une nouvelle séquence d’incertitude. Mais il pose, frontalement, une question essentielle : que vaut un vote quand ceux qui devraient y croire préfèrent s’en retirer ?
Amadou Diallo






































