À Conakry, l’école vacille une nouvelle fois sous le poids d’une crise qui n’en finit plus de fracturer le système éducatif. Ce qui devait être un mouvement syndical visant de meilleures conditions de travail pour les enseignants s’est transformé, ce mardi encore, en scène de tensions entre élèves du public et du privé. Une image tristement révélatrice d’un pays où l’inégalité scolaire se ressent désormais jusque dans la rue.
À Sangoyah, Kipé et d’autres quartiers de la capitale, des élèves du public, privés de cours depuis plusieurs jours en raison de la grève du SNE-FSPE, ont exprimé leur frustration en ciblant ceux du privé, qui poursuivent leur année sans interruption. La colère n’est pas dirigée contre les vrais décideurs, mais contre ceux qui, par un simple coup du sort social, n’ont pas été stoppés par la paralysie du secteur public.
Quand l’État vacille, c’est l’élève qui encaisse.
La revendication des enseignants primes impayées, statut flou, conditions de travail dégradées n’a rien d’anodin. Elle révèle le malaise profond d’un corps professionnel abandonné à des promesses jamais tenues. Mais pendant que syndicats et gouvernement campent sur leurs positions, c’est toute une génération qui paye l’addition. Sur les pas de porte, dans les familles, l’inquiétude gagne du terrain. Les parents craignent un conflit long, une année compromise, et une fracture scolaire qui s’élargit chaque jour.
Pour les élèves en classes d’examen, l’angoisse est palpable : comment préparer un futur quand le présent est suspendu ? Comment croire à l’équité des évaluations quand les uns révisent en classe et les autres errent dans les rues ?
Le gouvernement, lui, appelle au calme et promet le dialogue. Mais le dialogue sans résultats ressemble de plus en plus à une formule creuse. Les négociations patinent, le tempo social s’accélère, et le système éducatif menace de basculer dans une crise où chacun se renvoie la responsabilité.
Cette situation met à nu une vérité gênante : la grève des enseignants n’est pas seulement un bras de fer entre syndicats et autorités. C’est le révélateur brutal d’une école à deux vitesses, où l’injustice nourrit la colère, et où l’absence d’anticipation crée l’explosion.
Il est temps que l’État prenne la mesure de l’urgence. Pas par des discours, mais par des actes. Car au-delà des revendications légitimes des enseignants, une question demeure :
combien de crises l’école guinéenne peut-elle encore absorber avant de s’effondrer ….?
Moussa Aziz Camara






































