Il faut parfois un crime d’une barbarie insoutenable pour rappeler à une société ce qu’elle refuse obstinément de voir. À Mandiana, ce mercredi 10 décembre 2025, c’est le corps sans vie de Fatoumata Diakité, 24 ans, retrouvé en pleine brousse, la gorge tranchée avec une violence presque indicible, qui révèle une fois encore la faillite collective face aux violences conjugales. Ce n’est pas seulement une jeune femme qui a été tuée : c’est un système entier qui a laissé faire.
Très vite, les regards se tournent vers un suspect évident : son mari, Abou Diakité, 35 ans, avec qui elle vivait une crise conjugale connue de tous. Oui, de tous. Car les disputes répétées, les tensions persistantes, les signaux qui ne trompent jamais… tout cela circulait dans les deux familles, dans le voisinage, au village. Et pourtant, comme trop souvent, on s’est contenté d’observer, de murmurer, de minimiser. Jusqu’à ce que le sang coule.
Le premier réflexe a été de chercher des excuses : peut-être des bandits ? Peut-être une attaque isolée ? Non. La réalité s’impose avec une brutalité glaçante. L’époux a disparu dans la nature au moment même où le corps de sa femme était découvert. Une fuite qui dit tout, et qui aurait dû faire rougir de honte celles et ceux qui, hier encore, s’obstinaient à ne pas voir la violence monter.
Il a fallu que les autorités locales se déplacent, que les constats se fassent, que la famille enterre dans la douleur une fille de 24 ans, pour qu’on déclenche enfin une chasse à l’homme. Abou Diakité sera finalement arrêté à Morodou, mais rien absolument rien ne ramènera Fatoumata. Et surtout, rien ne garantit qu’elle sera la dernière victime d’un silence meurtrier.
Ce drame ne tombe pas du ciel. Il est le reflet d’une inertie sociale, administrative et communautaire qui considère encore les violences familiales comme de simples disputes privées. Une banalisation criminelle, qui conduit trop souvent au cimetière.
À Diassa comme ailleurs, l’heure n’est plus aux lamentations convenues ni aux réactions tardives. Il est urgent de briser les réflexes qui consistent à fermer les yeux, à « respecter les affaires de couple », à minimiser l’insupportable. Car tant que l’on continuera à confondre tolérance et lâcheté, d’autres femmes connaîtront le sort tragique de Fatoumata.
Et la question n’est plus de savoir si un autre drame surviendra, mais quand.
Michel Haba





































