Il y a des films qui racontent une histoire. Et puis il y a ceux qui racontent un pays. Le Ballon d’or, réalisé en 1994 par le Guinéen Cheik Doukouré, appartient à cette seconde catégorie. Derrière la trajectoire lumineuse de Bandian, gamin de Makono et prodige du ballon rond, se cache une chronique à la fois politique, sociale et intime de la Guinée, de ses rêves et de ses blessures.
L’œuvre s’inspire de la vie du Malien Salif Keita, premier Ballon d’Or africain en 1970. Mais Cheik Doukouré en fait bien plus qu’un biopic déguisé : un conte moderne où l’ascension d’un enfant devient la parabole d’un continent qui cherche sa voie. Dans un épisode piloté par la voix douce et posée du documentariste Thierno Souleymane Diallo, archives, extraits et paroles inédites du réalisateur et de l’entraîneur Claude Le Roy redonnent au film toute sa résonance.
Car Le Ballon d’or n’a jamais été un film « sur » le football. Il est un film « par » la Guinée. Doukouré le rappelle avec force : les lieux choisis sont des symboles, presque des personnages. Comme le Stade du 28-Septembre, où furent tournées plusieurs scènes, un espace chargé d’histoires entremêlées — l’indépendance arrachée en 1958, mais aussi le massacre des opposants en 2009. « Un stade mythique », dit le cinéaste, qui porte en lui la vie politique, sociale et sportive du pays.
À travers Bandian, c’est l’espoir de toute une génération que Doukouré met en scène : celui d’une émancipation par le sport, d’une sortie possible des marges grâce au talent. Mais il montre aussi l’envers du décor : l’exploitation, les illusions, les prédations qui guettent les jeunes africains attirés par la promesse d’Europe. Claude Le Roy, témoin privilégié de plusieurs décennies de football africain, le formule sans détour :
« L’argent a tout dégradé. Il a créé des avidités, des marchands d’esclaves modernes, des agents improvisés disséminés entre l’Afrique, l’Europe, l’Amérique du Sud ou le Moyen-Orient. »
Presque trente ans après sa sortie, Le Ballon d’or continue de circuler, de briller. Il touche encore cette nouvelle génération d’enfants qui rêvent de devenir le prochain Bandian ou peut-être simplement de se prouver que, même depuis un village reculé, on peut viser plus haut que le ciel.
À travers le souvenir des témoins et des artisans du film, cette chronique rappelle qu’il existe des œuvres qui ne vieillissent pas : elles grandissent avec nous, comme un ballon que l’on n’a jamais vraiment cessé de pousser du bout du pied.
Louda Dia avec Rfi





































