Sur le plateau de L’Heure du Bilan, l’exercice avait des allures de plaidoyer. Face aux téléspectateurs de la RTG, le ministre du Budget, Facinet Sylla, a déroulé les chiffres et défendu un bilan économique qu’il juge exceptionnel. En quatre ans, les recettes publiques seraient passées de 19 000 à 40 000 milliards de francs guinéens. Une progression spectaculaire, qualifiée d’« inédite », que le ministre attribue à une série de réformes profondes de l’administration financière.
Les pourcentages s’enchaînent : 40 % de croissance des recettes l’an dernier, 27 % cette année. Des performances qui, selon Facinet Sylla, permettent désormais à l’État d’« assurer la solidarité nationale sur ses propres moyens ». Mais le ministre se garde de toute autosatisfaction excessive, saluant le travail de ses prédécesseurs et revendiquant une continuité plus qu’une rupture.
Derrière les chiffres, le discours pointe un changement de méthode. Si le secteur minier demeure le moteur principal, l’argument central repose ailleurs : dans la transformation de l’appareil administratif. Digitalisation intégrale des déclarations et paiements, réduction du facteur humain dans la chaîne fiscale, renforcement de SYDONIA, intégration obligatoire du Guichet unique, déploiement du système SONOYAH pour les dépenses publiques… Autant de réformes techniques, souvent invisibles pour le citoyen, mais présentées comme la clé du redressement.
À cela s’ajoutent des mesures à portée sociale, telles que la baisse de certaines taxes sur le matériel électrique ou les véhicules, censées améliorer le quotidien des ménages. Un message politique clair : l’augmentation des recettes ne serait pas synonyme de pression fiscale accrue sur les plus modestes.
Reste toutefois une réalité que le ministre ne contourne pas : la faiblesse persistante de la pression fiscale guinéenne, estimée à 13 %, bien en deçà de la moyenne sous-régionale. L’élargissement de l’assiette fiscale apparaît comme le prochain chantier, avec l’intégration de pans entiers de l’économie informelle dans le circuit officiel. Un défi majeur, tant économique que social.
Le tableau dressé est donc à double lecture. D’un côté, des chiffres impressionnants et une administration qui se modernise. De l’autre, une question centrale encore en suspens : ces performances budgétaires se traduiront-elles durablement par une amélioration tangible des conditions de vie ? Car au-delà de l’exploit comptable, c’est la crédibilité de la promesse économique de l’État qui se joue.
Algassimou L Diallo





































