Ce qui est arrivé au doyen Mouctar Bah ne doit pas être relégué au rang des faits divers. Ce n’est pas « un journaliste de plus » victime d’un vol à l’arraché dans la nuit de Conakry. C’est un signal d’alarme adressé à toute la profession. Car aujourd’hui, c’est Mouctar Bah, correspondant de RFI et de l’AFP en Guinée ; demain, ce sera un autre journaliste, dans un autre quartier, à une autre heure.
Dans la nuit du samedi 13 décembre 2025, sur la route de Petit Simbaya, Mouctar Bah a été victime d’un vol alors qu’il rentrait chez lui après une mission de travail à l’intérieur du pays. Selon les informations rapportées par Malik Diakité, les faits se sont produits aux environs de 21 heures. Son sac, contenant l’essentiel de son matériel professionnel et des documents importants, lui a été arraché par un individu à moto.
Le contexte rend l’agression encore plus révélatrice de la réalité que vivent de nombreux journalistes guinéens. Parti très tôt à Boké pour couvrir un meeting politique du Premier ministre Amadou Oury Bah, directeur de campagne du candidat Mamadi Doumbouya, Mouctar Bah rentrait précipitamment à Conakry pour finaliser un reportage destiné au journal de 6h30 de RFI. Coincé dans les embouteillages de Kagbélé, il avait opté pour une moto, comme le font chaque jour des centaines de reporters contraints de braver la nuit, la fatigue et l’insécurité pour respecter les délais rédactionnels.
Ce qui s’est passé à Petit Simbaya dépasse donc le simple vol. C’est l’illustration d’une précarité sécuritaire qui touche directement la liberté de la presse. Quand un journaliste perd son matériel, ce n’est pas seulement un sac qui disparaît, c’est une enquête interrompue, une information retardée, parfois une source exposée.
La profession ne peut plus se contenter de l’indignation silencieuse ou de la compassion de circonstance. Chaque journaliste guinéen doit se sentir concerné, parce que cette pratique devient banale, presque tolérée. Et parce que le silence collectif finit par l’installer comme une fatalité.
Il est temps d’être vigilants, solidaires et surtout de dénoncer ces actes, sans les minimiser. L’insécurité qui vise les journalistes n’est pas neutre : elle fragilise le droit du public à l’information et accentue l’autocensure par la peur.
Aujourd’hui, Mouctar Bah en est la victime. Demain, ce pourrait être n’importe lequel d’entre nous. Refuser de voir, refuser de parler, c’est accepter que cette réalité devienne la norme. Et une presse qui s’habitue à la peur est une presse que l’on affaiblit.
Alpha Amadou Diallo Avec enquete224.com






































