En campagne à Labé, Dr Faya Millimimouno n’a pas déroulé un discours de plus. Il a posé un diagnostic simple, concret, presque dérangeant : en Guinée, même l’État ne sait pas toujours où il se trouve. L’absence criante d’un système d’adressage, jusque dans les bâtiments administratifs, est pour le candidat du Bloc Libéral le symbole d’un pays mal organisé, prisonnier d’un désordre ancien.
« Qui peut donner l’adresse exacte du bureau du gouverneur de Labé ? », interroge-t-il, provoquant à la fois rires gênés et prises de conscience. La question, en apparence anodine, révèle une réalité plus grave : comment gouverner, sécuriser, soigner et planifier quand les citoyens eux-mêmes sont introuvables sur une carte ?
Face à ce qu’il qualifie sans détour de « pagaille », Dr Faya propose une réponse structurante. S’il est élu président de la République, chaque rue de Labé sera nommée, chaque bâtiment numéroté. Un chantier d’adressage physique complet, pensé non comme un luxe urbain, mais comme une condition minimale de l’État moderne.
Au-delà de l’urbanisme, le candidat libéral lie l’adressage à la sécurité et à la dignité humaine. « Peut-on protéger quelqu’un qu’on ne peut pas localiser en temps réel ? », martèle-t-il. Pour lui, l’absence d’adresses transforme la promesse de protection de l’État en illusion dangereuse. Urgences médicales, interventions de sécurité, planification des services publics : tout bute sur ce vide organisationnel qui dure, selon ses mots, depuis 67 ans.
Mais Faya Millimouno ne s’arrête pas au constat. Il inscrit son projet dans une vision mémorielle et inclusive. Les rues de Labé, promet-il, porteront les noms des héros guinéens. Une artère majeure pourrait ainsi honorer la mémoire du résistant historique Alpha Yaya Diallo. Dans le même esprit, il estime que l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo « mériterait aussi une rue à Labé », dénonçant au passage son exil forcé comme une anomalie démocratique.
« Ce n’est pas la Guinée de notre rêve », tranche-t-il, regrettant l’absence de figures politiques majeures dans la compétition électorale. Pour Dr Faya, cette exclusion n’est pas anodine : elle traduit la peur d’un adversaire populaire et affaiblit la crédibilité du processus.
À Labé, le candidat du Bloc Libéral a donc fait plus qu’une promesse électorale. Il a esquissé une Guinée lisible, organisée et réconciliée avec elle-même. Une Guinée où chaque citoyen a une adresse, un nom, et une place — enfin — sur la carte nationale.
Amadou Diallo





































