Douze vies fauchées en silence. Douze destins brisés loin de chez eux. Entre le 6 et le 12 décembre 2025, douze migrants originaires d’Afrique subsaharienne ont été retrouvés morts dans le nord-est du Maroc, près de la frontière algérienne. Parmi eux, deux Guinéens : une femme et un jeune homme de seulement 20 ans. Une tragédie de plus, presque devenue routinière, mais qui mérite pourtant qu’on s’y arrête surtout nous, Guinéens.
Selon l’Association d’aide aux migrants en situation vulnérable (AMSV), citée par l’AFP, six corps ont été découverts le 6 décembre dans la province de Jerada, puis six autres le 12 décembre. Froid glacial, faim, épuisement, pièges mortels aux frontières : voilà la réalité de cette route que certains continuent d’appeler « l’aventure ».
Dans cette zone, les températures peuvent descendre jusqu’à –5°C en plein hiver. Et pourtant, nombre de migrants n’ont pour se protéger que des vêtements légers. À cela s’ajoute un dispositif frontalier particulièrement dangereux : un fossé de 4,5 mètres de large et 4 mètres de profondeur, rempli d’eau et de boue en saison de pluies. « Un fossé de la mort », selon le président de l’AMSV, Hassan Ammari. La nuit, à l’aube, on y tombe, on s’y noie, sans témoin, sans secours.
Cette réalité doit être dite sans détour aux jeunes de Guinée. L’émigration clandestine n’est pas une issue, encore moins une réussite différée. Ce n’est pas un raccourci vers le bonheur, mais un chemin semé de cadavres anonymes, de familles endeuillées et de rêves enterrés dans le sable ou la boue des frontières.
À ceux qui pensent qu’il vaut mieux mourir ailleurs que vivre ici, posons une question simple : que gagne une mère à voir son fils disparaître à 20 ans dans le froid marocain ? Que gagne la Guinée à perdre sa jeunesse dans des fossés étrangers ? Et que gagne le jeune lui-même, sinon une mort précoce et inutile ?
Le message doit être clair : ne risquez pas votre vie pour une illusion. L’Europe, le Maghreb ou l’eldorado fantasmé ne valent pas une existence brisée. Les difficultés en Guinée sont réelles, mais elles ne se résolvent pas en fuyant vers la mort. Se battre, se former, entreprendre, s’organiser ici reste infiniment plus courageux que de s’abandonner aux réseaux de passeurs sans foi ni loi.
Ces douze morts, dont deux Guinéens, ne sont pas des chiffres. Ce sont des avertissements. Écoutons-les tant qu’il est encore temps.
Algassimou L Diallo avec 20minutes.fr




































