Il n’est plus aux commandes, encore moins sur le territoire national, mais sa parole continue de résonner dans son fief. Depuis le Maroc, où il séjourne pour des raisons de santé, Moussa Dadis Camara, ancien président de la Transition de 2008, a choisi de rompre le silence politique. À quelques semaines de la présidentielle du 28 décembre 2025, l’ex-chef du CNDD a officiellement apporté son soutien au président sortant, Mamadi Doumbouya.
Le message n’a pas été livré depuis une tribune nationale, mais depuis Koulé, son village natal, à l’occasion d’un meeting organisé par le mouvement GMD. C’est par visioconférence que Moussa Dadis Camara s’est adressé aux populations locales, dans un discours à forte charge émotionnelle, placé sous le sceau de l’unité, de la cohésion sociale et du vivre-ensemble.
S’exprimant en guerzé, l’ancien homme fort de 2008 a d’abord salué la mobilisation des habitants en faveur de Mamadi Doumbouya, avant d’appeler à l’apaisement des tensions communautaires. Un ton rassembleur, presque paternaliste, destiné à rappeler ses racines et à réaffirmer son lien avec la localité.
« Habitants de Koulé Yaketa, je vous salue. Je vous remercie pour votre mobilisation pour la cause du président Doumbouya. La délégation qui est venue, il faut l’accepter. Je suis de Koulé Yaketa, je suis votre enfant. Toutes ethnies confondues, donnez-vous la main, soyez unis pour qu’il n’y ait plus de querelles à Koulé », a-t-il lancé.
Puis, sans détour, Moussa Dadis Camara a levé toute ambiguïté sur son choix électoral.
« Pour cette élection qui arrive, c’est le président Doumbouya que votre enfant que je suis soutient. C’est lui que les citoyens de Koulé soutiennent », a-t-il déclaré au micro d’Africaguinee.
Cette prise de position intervient dans un contexte personnel et politique singulier. Condamné à 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité pour son rôle dans le massacre du 28 septembre 2009, Moussa Dadis Camara a bénéficié, en avril dernier, d’une grâce présidentielle, officiellement motivée par son état de santé. Une décision qui lui a permis de quitter la Guinée pour se soigner à l’étranger.
En affichant publiquement son soutien à Mamadi Doumbouya, l’ancien chef de la junte de 2008 opère un retour symbolique dans le jeu politique. Un geste qui, sans bouleverser les équilibres nationaux, pourrait néanmoins peser dans son bastion d’origine, à l’heure où chaque ralliement compte dans une présidentielle annoncée comme décisive pour l’avenir politique de la Guinée.
Saliou Keita




































