Dans un pays où l’importation dicte encore trop souvent les règles de la consommation, Aissatou Diallo a choisi un autre chemin : celui du courage, de l’innovation et de la foi en l’intelligence locale. À Conakry, cette jeune entrepreneure d’une trentaine d’années transforme de simples vieux journaux en crayons écologiques, donnant ainsi naissance à Eco Crayon, une initiative aussi ingénieuse que porteuse d’espoir. Plus qu’un projet, c’est un symbole : celui d’une jeunesse guinéenne qui refuse la fatalité.
Tout est parti d’un constat banal, presque invisible aux yeux de beaucoup : des journaux abandonnés, entassés, jetés. Là où d’autres voyaient des déchets, Aissatou Diallo a vu une opportunité. Une matière première, mais surtout un message fort : celui d’un entrepreneuriat utile, ancré dans les réalités du pays et tourné vers l’avenir. Dans une Guinée fortement dépendante des fournitures scolaires importées, fabriquer localement des crayons à partir de papier recyclé relève presque de l’acte militant.
La bravoure d’Aissatou ne réside pas seulement dans l’idée, mais dans la persévérance. Apprendre seule, grâce aux réseaux sociaux, expérimenter, se tromper, recommencer. Oser entreprendre avec peu de moyens, dans un espace réduit, sous les contraintes du délestage électrique, tout en continuant à croire en son projet. Voilà le quotidien de Eco Crayon. Et pourtant, la jeune femme avance, portée par la conviction que l’innovation peut aussi naître dans l’adversité.
Chaque semaine, près de 2 000 crayons sortent de son atelier, fruits d’un processus minutieux allant du découpage à l’emballage. Ces crayons, désormais disponibles à Dixinn, Lambanyi et à la Minière, racontent une autre histoire : celle d’un « made in Guinea » possible, fiable et compétitif. Une histoire qui mérite d’être encouragée, soutenue et amplifiée.
À travers Aissatou Diallo, c’est tout l’entrepreneuriat féminin et guinéen qui s’exprime avec force. Son appel aux parents d’élèves et aux autorités résonne comme une interpellation collective : soutenir ce type d’initiative, ce n’est pas faire un geste de charité, c’est investir dans l’avenir du pays. Car élever la Guinée, comme elle le dit si justement, commence parfois par un simple crayon… fabriqué avec audace et dignité.
Marliatou Sall






































