Nongo (Conakry). Il est un peu plus de 18 heures lorsque le soleil amorce sa descente sur le sud du pays. Dans la foule compacte rassemblée à Nongo, dernière étape de la campagne présidentielle, les chants militants se mêlent aux cris d’espoir. Trois semaines durant, le Bloc libéral a sillonné la Guinée. Trente-et-une préfectures sur trente-trois visitées, des forêts de la Guinée forestière aux plaines de la Haute-Guinée, du Fouta aux rivages de la Basse-Côte. Ce jeudi, c’est ici que tout s’achève.
Sur l’estrade, BK Bangoura, directeur de campagne du candidat Faya Millimouno, dresse le bilan d’un périple éprouvant. « Ce n’était pas facile », reconnaît-il, saluant les cadres du parti, les fédéraux, les coordinateurs et les militants qui ont parcouru le pays à ses côtés. Mais partout, dit-il, un même constat s’est imposé : la peur.
« Un peuple qui a peur », martèle-t-il. Peur des enlèvements, des disparitions, des tortures rapportées au quotidien. Peur qui traverse toutes les régions sans distinction. Un message entendu, assure le camp libéral, et auquel il promet de répondre par une rupture dès le scrutin du dimanche 28 décembre.
Dans un discours aux accents de meeting populaire et de promesse programmatique, le candidat se pose en antidote à la peur. « Diriger, ce n’est pas effrayer, c’est inspirer », lance-t-il sous les applaudissements. Son engagement phare : remettre « le bonheur des Guinéens » au cœur du choix électoral et rompre avec « le mensonge, les injustices, la pauvreté et la corruption ».
La charge est aussi frontale contre les restrictions des libertés. Fermeture de médias, coupures d’Internet, intimidation des voix dissidentes : pour le Bloc libéral, ces pratiques traduisent « la peur de la vérité ». Une dérive qui, selon le candidat, commence par la presse et finit par museler toute la jeunesse. « C’est pourquoi il faut les mettre à la retraite dès ce dimanche », lance-t-il à une foule acquise.
Jeunesse justement, au cœur du projet. Faya Millimouno promet de consacrer 30 % du budget national à l’éducation : un ministère unique, des écoles modernes, des bibliothèques, des laboratoires connectés à Internet, des enseignants mieux rémunérés et assurés. Même priorité affichée pour la santé : mettre fin à l’exil médical vers Tunis, Rabat ou Paris et construire un système de soins capable de soigner les Guinéens sur leur propre sol.
Mais le discours se fait plus grave lorsqu’il aborde l’emploi et les ressources naturelles. « 80 % des jeunes diplômés sont au chômage, c’est une trahison », accuse-t-il, dénonçant l’exportation brute des richesses minières et la dégradation environnementale, notamment à Boké. La transformation locale devient alors « non négociable », condition sine qua non pour créer des emplois durables.
Autre promesse : encourager l’entrepreneuriat jeune par la création d’incubateurs sur tout le territoire et l’octroi de financements publics non remboursables pour les projets viables. « La politique n’est pas mentir ni tromper, la politique c’est construire », insiste-t-il.
À trois jours du scrutin, l’appel à la mobilisation est total. Porte-à-porte, sensibilisation des familles, discipline dans le vote et vigilance jusqu’au dépouillement : le Bloc libéral redoute la fraude et les intimidations, déjà dénoncées devant les tribunaux. « Dimanche, c’est le début d’une nouvelle Guinée », clame le candidat, promettant de faire respecter la voix du peuple « quoi qu’il arrive ».
La nuit tombe sur Nongo. Les slogans résonnent encore. Dans l’air flotte un mélange de ferveur, de colère et d’attente. Dimanche, la Guinée tranchera.
Marliatou Sall, pour lindependant.org





































