Édito. À Conakry, la pendule politique s’apprête à marquer l’arrêt. À quelques heures du silence électoral, la campagne présidentielle du 28 décembre 2025 entre dans ses dernières pulsations. À 23h59, les micros se tairont, les cortèges se dissoudront, et le pays retiendra son souffle après un mois de mobilisation continue. Du 28 novembre à ce jour, la Guinée a vécu au rythme d’une campagne dense, scrutée, commentée, parfois redoutée, mais finalement conduite avec une méthode qui force l’attention.
Aux commandes, un trio bien identifié – Amadou Oury Bah, Faya François Bourouno et Mariama Ciré Sylla – à la tête du directoire de campagne d’un candidat indépendant parmi huit prétendants à la magistrature suprême. Loin du tumulte attendu, la campagne aura surpris par son déroulement, interpellé par son calme relatif et interrogé par sa portée symbolique.
Car il faut le dire sans détour : cette campagne n’a pas seulement été une compétition électorale. Elle a été un test. Un test de maturité politique, de discipline collective et de capacité à rompre avec les vieux réflexes de violence et de confrontation.
Le premier marqueur de cette séquence tient en trois lettres devenues omniprésentes : GMD. Un sigle, un cri, presque un battement de cœur politique. En communication, rien n’est jamais innocent. Prononçable, mémorisable, familier, l’acronyme épouse les réalités sociolinguistiques du pays. Qu’on dise « GMD » ou « CMD », l’oreille populaire n’hésite pas : c’est Mamadi Doumbouya qui est convoqué. Dans les meetings, l’effet est mécanique, presque instinctif. À l’appel de « GMD », la foule répond comme un seul homme. Quand « Mamadi » fuse, « Doumbouya » jaillit, porté par une ferveur qui dit plus que de longs discours.
Mais au-delà de l’homme, le sigle se dédouble, se projette : Génération pour la Modernité et le Développement. Une ambiguïté maîtrisée, assumée, qui confère à la campagne une épaisseur symbolique et une puissance émotionnelle que peu d’adversaires ont su contester. Ici, la politique s’est aussi jouée sur le terrain du langage.
Autre fait marquant : le climat. En Guinée, les campagnes électorales ont souvent laissé des cicatrices. Cette fois, le contraste est frappant. « On se croirait hors période électorale », confie un observateur sénégalais de passage. L’impression n’est pas isolée. Neuf candidats ont sillonné le pays, parfois sur les mêmes axes, parfois dans les mêmes bastions, sans heurts majeurs. À Kankan, à Labé, ailleurs encore, les images témoignent d’un fair-play inhabituel, presque déroutant.
Rien de tout cela n’est le fruit du hasard. Le camp du candidat donné favori savait qu’il serait le premier comptable de la moindre tension. La moindre étincelle lui aurait été imputée. Or, le scénario redouté n’a pas eu lieu. Tout indique une campagne pensée, calibrée, coordonnée en amont, avec une gestion rigoureuse des foules, des déplacements et des symboles.
Les institutions, elles aussi, ont joué leur partition. La Haute Autorité de la Communication, souvent critiquée par le passé, s’est montrée plus vigilante, plus équilibrée. La Direction générale des élections a, de son côté, donné des gages de neutralité salués par de nombreux observateurs. Dans un pays où la défiance institutionnelle est chronique, ces signaux comptent.
Dans les cercles politiques, une formule circule : « c’est du Bah Oury ». Autrement dit, une méthode : claire, structurée, méthodique, sans agitation inutile. La campagne GMD aura été menée comme une mécanique bien huilée, disciplinée, presque clinique dans son organisation. Un style qui pourrait faire école, si l’expérience devait être reconduite.
Reste la question centrale : vers une victoire annoncée ? L’engouement populaire, la mobilisation des équipes et la présence massive sur le terrain nourrissent l’espoir, chez les partisans de la GMD, d’un succès dans les urnes. Mais au-delà du verdict électoral, l’essentiel est peut-être ailleurs. Dans la manière. Dans cette démonstration qu’une autre pratique politique est possible en Guinée : compétitive sans être violente, populaire sans être chaotique, engagée sans sombrer dans la brutalité.
À la veille du 28 décembre, un vœu s’impose : que cette campagne s’achève comme elle a commencé, dans la retenue et le respect. Qu’elle permette à la Guinée de se regarder autrement, dans un monde en perte de repères politiques et moraux.
Le symbole, enfin, est trop fort pour être ignoré. Un 28 décembre, comme un autre 28, celui de 1958, où la Guinée avait osé choisir son destin. L’Histoire ne se répète jamais à l’identique, dit-on. Mais parfois, elle rime. Reste à savoir si, en ce 28 décembre 2025, elle acceptera de rimer avec un nom : Mamadi Doumbouya.
Lamarana-Petty DIALLO





































