Au lendemain du scrutin présidentiel, la parole du Bloc Libéral résonne comme un acte d’accusation lourd de sens. Lundi 29 décembre 2025, face à la presse, son candidat, Dr Faya Lansana Millimouno, n’a pas seulement dénoncé des irrégularités : il a mis en cause la crédibilité même du processus électoral, parlant sans détour d’un « véritable brigandage électoral ». Une expression forte, à la mesure de la défiance qui s’installe.
Car ce que décrit le Bloc Libéral dépasse le simple cadre des dysfonctionnements techniques souvent évoqués lors des élections en Guinée. À en croire son candidat, les difficultés auraient été méthodiquement installées, dès l’amont du scrutin, à travers la gestion des délégués des partis. Listes complètes transmises, ordres de mission établis, exigences administratives respectées : tout semblait en règle. Pourtant, à la veille du vote, des barrières inédites surgissent, imposées localement par certains démembrements de la DGE, au mépris apparent de la loi électorale.
L’épisode rapporté à Guékédou, où des responsables préfectoraux auraient exigé le visa de milliers d’ordres de mission en moins de 24 heures, illustre une réalité troublante : celle d’un État électoral à géométrie variable, où la règle nationale se dilue dans des pratiques locales arbitraires. Une confusion des chaînes de commandement qui interroge la capacité de l’administration électorale à parler d’une seule voix.
Le jour du vote n’a fait, selon le BL, que confirmer ces dérives. Délégués expulsés des bureaux de vote, assesseurs empêchés d’accéder aux Commissions administratives de centralisation des votes, entraves systématiques malgré les dispositions claires du Code électoral : le contrôle citoyen du scrutin aurait été progressivement vidé de sa substance. Or, sans témoins indépendants, l’élection perd l’un de ses piliers essentiels.
Plus grave encore, les accusations de délocalisation inexpliquée de bureaux de vote, de bourrages d’urnes facilités et d’ingérence de forces de sécurité dans l’orientation du vote viennent alourdir le climat. Si elles sont avérées, ces pratiques ne relèvent plus de simples irrégularités, mais d’atteintes frontales à la souveraineté du suffrage. L’image de militaires exigeant des électeurs qu’ils montrent leur bulletin après le vote, ou demandant de le changer, glace autant qu’elle inquiète.
Dans ce contexte, l’arrestation et la détention de militants du Bloc Libéral apparaissent comme le symptôme d’un processus électoral sous tension, où la peur remplace la confiance. L’élection, censée être un moment de respiration démocratique, se transforme alors en facteur de crispation nationale.
Au-delà du cas du Bloc Libéral, ces accusations posent une question centrale : peut-on durablement construire la stabilité politique sur des scrutins contestés ? La Guinée ne peut se permettre que chaque élection majeure ouvre un nouveau cycle de soupçons, de frustrations et de fractures. Plus que jamais, la transparence, la responsabilité et la vérité des faits s’imposent, non comme des concessions à l’opposition, mais comme des exigences vitales pour la démocratie et la paix sociale.
Marliatou Sall




































