Chronique d’une victoire annoncée, mais surtout assumée. Élu avec 86,72 % des suffrages exprimés selon les résultats provisoires, Mamadi Doumbouya voit son élection à la présidentielle du 28 décembre validée par les observateurs internationaux. Un score massif qui, au-delà des chiffres, traduit une adhésion populaire à une trajectoire politique singulière dans une Afrique de l’Ouest en pleine recomposition.
Les putschistes se suivent, dit-on, mais ne se ressemblent pas toujours. Tandis que certains régimes militaires du Sahel s’enferment dans une rhétorique de rupture systématique avec l’ordre international et une défiance affichée envers les processus électoraux, le général guinéen a fait un autre choix : celui de la normalisation progressive, du retour assumé à l’ordre constitutionnel et de la recherche d’une légitimité par les urnes. Une option risquée, mais assumée.
Après le coup d’État de septembre 2021, les doutes étaient nombreux. Sur la durée de la transition, sur les intentions réelles de son chef, sur l’issue politique d’un pouvoir né dans les casernes. Mamadi Doumbouya a pris le temps de construire sa trajectoire, de consolider l’appareil d’État, de réorganiser les institutions et, surtout, de préparer le terrain politique. À ses détracteurs, il a opposé le calendrier. À l’impatience, la méthode.
Le verdict des urnes, sans surprise pour ses partisans, ouvre désormais un nouveau chapitre : celui d’un septennat confié à un président de 41 ans, porté par un score sans équivoque. Les recours éventuels contre la proclamation des résultats paraissent voués à l’échec, tant le scénario a suivi un déroulé balisé et juridiquement encadré. Oui, Doumbouya avait promis de rendre le pouvoir aux civils. Il l’a fait… en sollicitant l’arbitrage du peuple, après avoir sécurisé, par voie référendaire, sa candidature.
Contrairement à d’autres juntes devenues des régimes de rupture, le chef de l’État guinéen n’a jamais fait de l’hostilité à l’Occident un fonds de commerce politique. Pas de discours enflammés, pas de posture idéologique outrancière. Une ligne pragmatique, souvent qualifiée d’« occidental-compatible », qui rassure partenaires et investisseurs, sans pour autant aliéner la souveraineté nationale.
Son parcours international n’y est sans doute pas étranger : formation militaire en France, passage par l’École de guerre, diplômes prestigieux, culture stratégique forgée au contact de doctrines modernes. Mamadi Doumbouya incarne cette génération d’officiers africains qui parlent le langage de la sécurité, mais aussi celui de la diplomatie et de la gouvernance.
En validant son élection, les observateurs internationaux entérinent un fait politique majeur : la Guinée a choisi la stabilité, la continuité et l’autorité institutionnelle plutôt que l’aventure. Reste désormais au président élu à transformer ce capital politique en réformes concrètes, en progrès sociaux et en apaisement durable. Car après la conquête de la légitimité, vient toujours l’épreuve du pouvoir.
Jacque Millimouno





































