Le dossier sensible de l’indemnisation des victimes des événements du 28 septembre 2009 a connu un nouveau tournant ce lundi 5 janvier 2025 devant le tribunal correctionnel de Dixinn, délocalisé à la Cour d’appel de Conakry. Au cœur de l’audience : les accusations portées par Mme Mariama Diallo contre Thierno Hamidou Diallo, qu’elle soupçonne d’avoir détourné une partie de l’indemnité allouée pour la disparition de son fils, Thierno Amadou Bella Diallo.
Deux témoins ont été entendus. Abdoulaye Diallo, appelé à la barre en faveur de la plaignante, et Mamadou Bailo Bah, président de l’ONG AFADIS (Association des familles des disparus du 28 septembre 2009), entendu à titre de simple renseignement, a constaté Guineematin.com sur place.
Mme Mariama Diallo accuse son neveu, cousin du disparu, d’avoir perçu et conservé un milliard de francs guinéens issus du processus d’indemnisation mis en place à l’issue du procès des massacres du 28 septembre. Selon elle, cet argent devait lui revenir en tant que mère du défunt, célibataire et sans enfants.
À la barre, Abdoulaye Diallo a affirmé que Thierno Hamidou Diallo agissait exclusivement comme représentant de Mme Mariama Diallo. « Tout le monde savait qu’il la représentait. Les deux cartes portent le même numéro, preuve qu’il n’y a eu qu’une seule disparition », a-t-il soutenu, rappelant que l’intéressé ne s’est jamais constitué partie civile en son nom propre. Il a également indiqué que Thierno Hamidou Diallo avait reconnu avoir perçu de l’argent, allant jusqu’à proposer un partage avec la mère du disparu, sans justification claire.
« Cet argent n’était pas destiné à être partagé. La mère est la seule bénéficiaire légitime. Elle seule a souffert de la perte de son fils », a insisté le témoin, évoquant plusieurs tentatives infructueuses de médiation.
Entendu à son tour, Mamadou Bailo Bah a livré une lecture différente du dossier, évoquant des soupçons de manipulation. Le président de l’AFADIS a expliqué que Thierno Hamidou Diallo figurait officiellement parmi les parties civiles reconnues et qu’il représentait la famille dans les démarches liées à l’indemnisation.
« L’argent est destiné à la famille, aux ayants droit. J’ai tenté de rapprocher les parties. Je comprends l’inquiétude de la mère, mais je ne crois pas à un détournement. J’ai confiance en la morale de M. Hamidou », a-t-il déclaré, tout en dénonçant l’intervention de certaines associations qu’il accuse de vouloir instrumentaliser l’affaire.
À l’issue des auditions, les avocats de Thierno Hamidou Diallo ont sollicité sa mise en liberté. Une requête à laquelle le ministère public s’est fermement opposé, estimant que la détention restait nécessaire en raison de l’audition prochaine d’autres témoins et pour garantir le bon déroulement de la procédure.
Le tribunal a finalement rejeté la demande de mise en liberté et renvoyé l’affaire au 12 janvier 2026, prolongeant ainsi l’attente dans un dossier où se mêlent douleur familiale, enjeux de mémoire et soupçons de dérives autour de l’indemnisation des victimes du 28 septembre 2009.
Aziz Camara






































