La disparition de Claude Pivi, dit « Coplan », ce mardi 6 janvier 2026 à Conakry, referme une page sombre et controversée de l’histoire politique et sécuritaire récente de la Guinée. Ancien ministre chargé de la sécurité présidentielle sous la junte du capitaine Moussa Dadis Camara, l’ex-officier s’est éteint à l’âge de 66 ans, dans un lit d’hôpital militaire, loin du pouvoir qu’il a longtemps incarné, selon des informations rapportées par guineematin.com.
Hospitalisé d’urgence au camp Almamy Samory Touré après un coma hypoglycémique, Claude Pivi n’aura survécu que deux jours en soins intensifs. Sa mort en détention, alors qu’il purgeait une peine de réclusion criminelle à perpétuité pour crimes contre l’humanité liés aux massacres du 28 septembre 2009, sonne comme une fin brutale pour un homme qui, jadis, faisait trembler les couloirs du pouvoir.
De la caserne aux sommets de l’État
Né en 1960 à N’Zérékoré, Claude Pivi a connu une ascension fulgurante. Sportif accompli, ancien karatéka de haut niveau, il intègre l’armée en 1985 avant de s’imposer progressivement dans l’appareil sécuritaire. Sergent-chef sous Lansana Conté, il devient l’un des visages visibles de la mutinerie de 2008, puis un homme clé du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) après le coup d’État du 23 décembre.
Ministre, promu capitaine, influent et redouté, « Coplan » symbolisait cette époque où la force militaire dictait l’agenda politique. Mais cette même trajectoire l’a conduit à être cité parmi les principaux responsables de la répression sanglante du 28 septembre 2009, l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire contemporaine de la Guinée.
Justice tardive, chute inévitable
Sanctionné sur le plan international, inculpé dès 2013, jugé et condamné en 2024, Claude Pivi a longtemps échappé à son destin judiciaire, jusqu’à son évasion spectaculaire en 2023, puis son arrestation au Libéria et son extradition vers Conakry. Sa fin, derrière les barreaux, rappelle une vérité souvent ignorée par ceux qui s’accrochent au pouvoir : l’impunité n’est jamais éternelle.
Le Parquet général a annoncé qu’une autopsie médico-légale est en cours afin de déterminer avec précision les circonstances de son décès, évoquant des pathologies chroniques mal contrôlées. Une procédure légale, nécessaire, mais qui ne changera rien à l’essentiel : l’homme est parti, son bilan reste.
Une leçon pour les puissants d’aujourd’hui
Au-delà du fait divers judiciaire, la mort de Claude Pivi interpelle. Elle rappelle à ceux qui détiennent aujourd’hui les leviers de l’État que le pouvoir est éphémère, que les décisions prises dans l’ivresse de l’autorité finissent toujours par être jugées par la justice, par l’histoire ou par la conscience collective.
Rien ne dure éternellement : ni la force, ni la peur, ni les privilèges. Gouverner, c’est anticiper la fin, agir avec retenue, responsabilité et respect de la vie humaine. Ceux qui l’oublient finissent souvent seuls, déchus, parfois derrière les barreaux, parfois dans l’oubli.
Claude Pivi est mort. Mais le message qu’envoie son parcours reste vivant : le pouvoir passe, les actes demeurent.
Amadou Diallo






































