La Guinée accélère sa mue numérique. Invitée à dresser le bilan du Sommet Transform Africa tenu récemment à Conakry, la ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, Rose Pola Pricemou, a annoncé la mise en place imminente d’une plateforme nationale de signalement en ligne, tout en revendiquant des retombées économiques estimées à près de 5 millions de dollars.
Selon la ministre, l’événement panafricain organisé sous l’égide de Smart Africa marque un tournant stratégique. « La Guinée a désormais sa stratégie nationale de digitalisation de l’État », a-t-elle affirmé, précisant qu’une feuille de route sur l’intelligence artificielle est en cours d’élaboration et sera définie d’ici le premier trimestre 2026. Au-delà de l’aspect institutionnel, Rose Pola Pricemou se félicite d’un impact économique significatif, profitant aussi bien aux secteurs du transport, de l’hôtellerie et de l’artisanat qu’aux PME, start-up, étudiants et apprenants de l’enseignement technique.
Mais cette montée en puissance du numérique s’accompagne de nouveaux risques. Face à une explosion des cybermenaces, la ministre assure que l’État a renforcé son arsenal. « Nous avons consolidé le cadre réglementaire, mis en place une Politique de sécurité des systèmes d’information de l’État (PSSIE) et créé un Centre national de surveillance. Aujourd’hui, l’ensemble de nos services sont surveillés et contrôlés », a-t-elle déclaré, évoquant une hausse de plus de 300 % des cyberattaques. Un chiffre qui, selon elle, témoigne de l’exposition croissante du pays au cyberespace.
Pour y répondre, le gouvernement mise sur la prévention et la coordination. La nouvelle plateforme nationale de signalement permettra aux citoyens de dénoncer en ligne les cas de cyberharcèlement, d’extorsion ou d’abus numériques. « Dès qu’un signalement est fait, l’ensemble des services concernés – police, gendarmerie, protection civile ou promotion féminine – est immédiatement alerté, afin d’assurer une prise en charge rapide du citoyen », explique la ministre.
Interpellée sur les critiques liées à la consommation jugée rapide des forfaits internet, Rose Pola Pricemou renvoie au rôle du régulateur. « L’ARPT dispose de systèmes performants pour surveiller le trafic et le respect des engagements des opérateurs. Il existe un dispositif de contrôle et un suivi strict de la réglementation », assure-t-elle. Sur la question des coûts, elle soutient que la Guinée reste compétitive dans la sous-région, avec des tarifs qu’elle juge « avantageux et vérifiables ».
En matière d’accès à la connectivité, la ministre met en avant les efforts de l’État, notamment à travers le déploiement de hubs numériques dans les sept capitales régionales. Plus de 6 000 Guinéens ont déjà été formés à l’usage du numérique, avec un accès gratuit à internet dans ces espaces. D’autres initiatives sont annoncées pour élargir cette couverture.
Enfin, l’enseignement figure au cœur de cette stratégie. « Dix-huit universités publiques sont aujourd’hui connectées gratuitement, ainsi que plus de 585 écoles primaires », a indiqué Rose Pola Pricemou, annonçant l’objectif de connecter 226 écoles supplémentaires à l’horizon 2026. Pour la ministre, le pari est clair : faire du numérique un levier de souveraineté, de sécurité et de développement pour la Guinée.
Saliou Keita






































