La mort du colonel Claude Pivi, survenue ce mardi 6 janvier 2026 en détention, referme brutalement un chapitre brûlant de l’histoire judiciaire et politique de la Guinée, sans pour autant apaiser les plaies qu’il a laissées ouvertes. Condamné pour crimes contre l’humanité dans le dossier du massacre du 28 septembre 2009, l’ancien haut responsable militaire s’éteint avant d’avoir épuisé tous les ressorts de sa défense. Une fin qui interroge, dérange et relance le débat sur la justice, sa temporalité et sa capacité à aller jusqu’au bout.
Pour son avocat, Me Abdourahamane Dabo, le décès de son client a été un choc. Une « consternation » qu’il dit difficile à décrire, au point d’adresser ses condoléances non seulement à la famille biologique du défunt, mais aussi à la République tout entière. Car au-delà de l’homme, c’est une affaire d’État, lourde de symboles, qui se retrouve suspendue dans un entre-deux inconfortable.
« Il est parti avec la soif de laver son honneur », affirme Me Dabo. Une phrase lourde de sens, qui résume à elle seule toute l’ambiguïté du moment. Pour les victimes et leurs familles, le procès du 28 septembre a représenté une avancée historique contre l’impunité. Pour l’accusé, il restait une bataille à mener : celle de sa dignité, qu’il estimait bafouée par la condamnation. La mort, en interrompant ce face-à-face entre la justice et l’accusé, prive les uns comme les autres d’un aboutissement clair.
Les circonstances du décès, elles, demeurent floues. Prudence affichée par l’avocat, annonces du parquet sur une autopsie à venir, éventualité d’une contre-expertise indépendante : tout concourt à nourrir interrogations et suspicions dans une opinion publique déjà méfiante. Me Dabo regrette d’ailleurs que les avocats n’aient pas été pleinement associés aux premières démarches, laissant le champ libre aux rumeurs et aux interprétations hâtives.
Dans un pays où la mémoire du 28 septembre reste vive et douloureuse, la disparition de Claude Pivi en détention pose une question centrale : que vaut une justice qui n’achève pas son œuvre ? Sans vérité pleinement établie sur les conditions de sa mort, sans conclusion définitive du combat judiciaire qu’il menait encore, le risque est grand de voir s’installer une frustration supplémentaire, tant du côté des victimes que de celui des défenseurs de l’accusé.
En attendant les conclusions officielles, l’appel à la retenue et à la transparence lancé par l’avocat sonne comme une nécessité. Car seule une lumière totale sur les circonstances de ce décès permettra d’éviter que cette mort ne devienne, à son tour, un nouveau point de fracture dans une société déjà éprouvée par son passé.
Saliou Keita






































