Lundi 5 janvier, aux alentours de midi. Le carrefour de la cité ministérielle, en face de l’INRAP, vibre comme à l’accoutumée sous le concert des klaxons et des moteurs. Je circule normalement quand, surgissant à vive allure, un motard perd le contrôle. En une fraction de seconde, il quitte son couloir, me percute violemment et s’écrase à son tour sur l’asphalte.
Le choc est brutal. Un coup violent au visage, la douleur immédiate, mais la conscience intacte. J’essaie de me relever. À ce moment précis, je vois un camion foncer droit sur moi. La peur, pure et nue. Cloué au sol, au milieu de la route, incapable de bouger, je comprends à quel point une vie peut tenir à un freinage. Le chauffeur s’arrête in extremis. Des témoins accourent, me tirent de là. Je suis vivant.
Le jeune motard, choqué, tente d’abord de se dédouaner. Mais au milieu de la confusion, un geste républicain mérite d’être salué : celui d’un agent de police présent sur les lieux. Calme, professionnel, il sécurise la scène, saisit les deux motos et ordonne au motard, légèrement blessé, de m’emmener immédiatement à l’hôpital. Direction Donka.
Donka, ou l’attente quand chaque minute compte
C’est là que commence la seconde épreuve. La plus éprouvante. À l’hôpital national Donka, censé être un centre de référence, l’urgence semble relative. Je saigne abondamment, la douleur est intense, mais le temps s’étire. Plus d’une heure avant de voir un médecin. Quarante-cinq minutes supplémentaires avant que les premiers soins ne me soient enfin administrés. Lenteur, indifférence, gestes presque mécaniques. Comme si l’urgence était devenue une routine sans âme.
Ce jour-là, j’ai compris le gouffre entre les réformes écrites et la réalité vécue. Importer des modèles de fonctionnement inspirés de pays comme le Canada, sans les adapter, relève de l’illusion. Là-bas, la sécurité routière est stricte, les accidents moins fréquents, et les urgences… réellement urgentes. Ici, chacun peut conduire, souvent sans formation, et les routes deviennent des pièges quotidiens.
Mon constat est amer, mais nécessaire : notre système de prise en charge hospitalière est déconnecté du terrain. L’État guinéen doit repenser en profondeur l’organisation des urgences, à commencer par Donka. Car dans un pays où l’accident peut survenir à chaque carrefour, attendre n’est pas une option. L’urgence n’est pas un luxe. C’est une question de vie ou de mort.
Avec Welpmedias.com





































