N’zérékoré. L’inauguration d’entrepôts régionaux de stockage du matériel électoral, ce mardi 13 janvier 2026, a pris des allures de scène de révélation publique. Devant partenaires techniques, autorités locales et communautés, le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Ibrahima Khalil Condé, a levé le voile sur ce qu’il a présenté comme un vaste détournement de fonds impliquant l’administration de la CENI de 2010.
Le décor est solennel, l’instant symbolique. Alors que les nouveaux magasins sortent enfin de terre à N’zérékoré, le ministre remonte le fil de l’histoire. « Dès 2010, des ressources financières importantes avaient été mobilisées pour doter chaque région administrative d’infrastructures de stockage du matériel électoral », rappelle-t-il. Des fonds conséquents, insiste-t-il, avaient été alloués à la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
Selon les chiffres avancés par le ministre, près de 14,5 milliards de francs guinéens par région auraient été affectés à la construction de magasins de stockage dans les huit régions administratives du pays. Un montant global qui dépasse largement la barre des 100 milliards de francs guinéens. Problème : sur le terrain, aucune infrastructure n’a jamais existé.
« Ces magasins n’ont jamais été construits », tranche le ministre, sous les regards médusés de l’assistance. À la place, poursuit-il, le matériel électoral était, après chaque scrutin, systématiquement redirigé vers des camps militaires, faute de lieux de stockage dédiés.
Sans citer de noms, Ibrahima Khalil Condé met clairement en cause des hauts responsables de la CENI de l’époque, évoquant un système opaque où des fonds publics massifs auraient servi d’autres intérêts que ceux de l’État. « Je ne cherche pas à accuser à la légère, mais les faits sont là », laisse-t-il entendre, dans un ton grave.
Pour plusieurs observateurs présents à la cérémonie, ces déclarations jettent une lumière crue sur la gestion des processus électoraux au début des années 2010. Elles soulèvent surtout de lourdes interrogations sur l’utilisation des financements nationaux et internationaux destinés à renforcer la crédibilité des élections.
À N’zérékoré, l’inauguration des nouveaux entrepôts apparaît ainsi comme un acte de rupture symbolique avec le passé. Mais les propos du ministre ravivent aussi une question brûlante : ce présumé détournement massif fera-t-il un jour l’objet d’enquêtes judiciaires approfondies ?
Pour l’heure, une certitude demeure : les « entrepôts fantômes » de la CENI 2010 continuent de hanter l’administration électorale guinéenne.
Michel Kamano






































