À force de se répéter, l’horreur finit par sembler banale. Et c’est précisément là que réside le danger. Ce mardi, les Forces vives de Guinée (FVG) ont tiré une nouvelle fois la sonnette d’alarme face à la poursuite des enlèvements suivis de disparitions forcées de citoyens engagés pour la démocratie. Une pratique que l’on croyait reléguée aux chapitres les plus sombres de l’histoire nationale, mais qui refait surface avec une troublante régularité.
Dans leur déclaration, les FVG disent leur « indignation » devant ces méthodes qu’elles qualifient de systématiques. Les cas récemment cités sont lourds de sens. Celui de Madame Néné Oussou Diallo, mère de famille et responsable de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), et celui de Sékou Camara, enlevé non pour ce qu’il aurait fait, mais pour ce que représente l’engagement politique de son père, Facinet Camara. Des noms, des visages, des familles plongées dans l’angoisse et un message glaçant adressé à l’ensemble de la société.
Car au-delà des personnes ciblées, c’est une méthode de gouvernement qui se dessine. Pour les Forces vives, ces enlèvements ne sont ni des bavures ni des dérives isolées, mais l’expression d’un mode de gestion du pouvoir fondé sur la peur. « Le seul moyen », affirment-elles, pour la junte dirigée par Mamadi Doumbouya de faire taire les voix opposées à la confiscation du pouvoir et aux atteintes aux libertés publiques.
L’accusation est grave, mais elle s’inscrit dans un climat politique de plus en plus étouffant. Quand la parole est muselée, quand l’opposition est traquée, quand l’engagement citoyen devient un risque personnel, c’est l’État de droit lui-même qui vacille. Les Forces vives n’y vont pas par quatre chemins : elles parlent « d’actes barbares », imputés à une « junte illégitime et en perte de repères ». Un vocabulaire dur, à la mesure de la peur et de la colère qui montent dans le pays.
Face à cette situation, les FVG expriment leur solidarité avec les personnes enlevées, leurs familles et l’UFDG. Mais elles entendent surtout maintenir la pression politique. Leur message se veut à la fois un avertissement et une promesse : le combat pour les libertés publiques et la démocratie se poursuivra, « par tous les moyens », au nom du peuple souverain de Guinée.
Reste une question essentielle, que cet éditorial ne peut esquiver : jusqu’où laissera-t-on s’installer l’arbitraire avant qu’il ne devienne la norme ? L’histoire guinéenne a déjà montré le prix du silence et de la peur. Y replonger, encore une fois, serait un aveu d’échec collectif.
Saliou Keita






































