Il a choisi les mots de la loyauté plutôt que ceux du ressentiment. En quittant la Primature, Amadou Bah Oury s’est livré à un exercice politique rare en Guinée : celui d’un adieu sans fracas, empreint de gratitude, de solennité et d’un sens assumé de l’État. À l’heure de remettre sa charge au président de la République, l’ancien Premier ministre a revendiqué la « satisfaction du devoir accompli », comme pour clore un chapitre sans laisser place à l’amertume.
Dans un message au ton mesuré, Bah Oury a d’abord salué la confiance que lui a accordée Mamadi Doumbouya en le nommant Premier ministre le 27 février 2024. Servir sous l’autorité du chef de l’État, affirme-t-il, fut à la fois un honneur et une lourde responsabilité, assumée avec loyauté et engagement dans une période qu’il reconnaît lui-même comme « exigeante ». Une manière de rappeler, sans le dire frontalement, la complexité d’une gouvernance exercée en temps de transition prolongée et sous fortes tensions sociales.
L’ancien chef du gouvernement a également tenu à associer ses ministres à ce bilan, soulignant l’esprit de solidarité et de responsabilité collective qui a guidé l’action de l’équipe sortante. Mais c’est surtout à l’endroit du peuple guinéen que son message prend une tonalité plus politique. Bah Oury évoque la patience, la dignité et la résilience des citoyens, notamment durant les épisodes de pénuries d’électricité et d’incertitudes économiques, reconnaissant implicitement les limites de l’action gouvernementale face aux attentes immenses.
Le passage consacré à la jeunesse, et en particulier aux jeunes de l’Axe, n’est pas anodin. Souvent perçus comme une contestation bruyante, ils sont ici réhabilités comme une voix citoyenne, parfois vive mais légitime. Un signal fort dans un contexte où l’expression sociale reste étroitement encadrée, et où le dialogue demeure un défi central pour le pouvoir.
Bah Oury n’a pas non plus oublié les autres piliers de la société : classe politique, leaders religieux, syndicats, journalistes, autorités morales et coutumières. Tous sont remerciés pour leur contribution à la cohésion nationale, un mot-clé dans un pays régulièrement traversé par des tensions politiques et sociales. Les Forces de défense et de sécurité sont, elles aussi, saluées pour leur professionnalisme et leur retenue, un hommage attendu dans un contexte de transition sécuritaire permanente.
En refermant cette page, l’ancien Premier ministre se présente non pas comme un homme en retrait, mais comme un « serviteur de la République » toujours disponible. Un positionnement habile, qui lui permet de quitter la scène exécutive sans s’en exclure totalement.
Dans une Guinée entrée dans l’ère du septennat Doumbouya, cette sortie mesurée contraste avec la brutalité habituelle des ruptures politiques. Reste à savoir si l’élégance du départ de Bah Oury inspirera la suite du récit politique guinéen, ou si elle ne restera qu’une parenthèse dans une histoire nationale encore en quête de stabilité et de confiance.
Amadou Diallo





































