Dans la cour poussiéreuse d’un établissement scolaire de Conakry, une élève baisse la tête. Une faute de trop, un mot de travers, et la sanction tombe : l’exclusion. Pas de dialogue, peu d’explications. « On préfère chasser l’enfant plutôt que de le corriger », souffle un enseignant, amer. Une pratique de plus en plus répandue, qui interroge la mission même de l’école : punir pour exclure ou sanctionner pour éduquer ?
Sur le terrain, le constat est brutal. Parents absents ou dépassés, enseignants démotivés, élèves livrés à eux-mêmes. Démission parentale ou simple négligence ? Beaucoup d’enfants grandissent sans repères solides, exposés aux risques de la rue, à la tentation de l’argent facile, à la drogue, parfois par frustration de ne pas pouvoir avoir ce que d’autres affichent. « Les parents ne conseillent plus, ils laissent faire, pensant que la réussite arrive par hasard », déplore un responsable éducatif.
À l’école, la situation n’est guère plus rassurante. Certains enseignants reconnaissent ne plus pouvoir s’investir pleinement. Faute de moyens, de reconnaissance ou d’encouragement, ils regardent ailleurs, espérant de meilleures conditions hors du pays. Résultat : les élèves écrivent moins, lisent moins, travaillent moins. Au lycée, beaucoup préfèrent acheter des brochures toutes faites, à l’image des étudiants à l’université, plutôt que de s’acharner sur leurs cahiers. La sueur du front n’est plus une valeur centrale.
La technologie, pourtant porteuse d’opportunités, n’arrange pas les choses. Ordinateurs et téléphones pourraient servir à apprendre, à s’instruire autrement. Mais dans les faits, écrans riment davantage avec matchs de football et séries télévisées qu’avec cours en ligne ou recherches scolaires. « L’école est en concurrence directe avec le divertissement », constate un professeur de sciences.
Pourtant, il y a quarante ans, le décor était tout autre. Les livres étaient rares et coûteux, mais on se battait pour les obtenir. Les enseignants exerçaient par honneur, les élèves par fierté. Un maître avait non seulement le droit, mais le devoir de corriger un enfant, même hors de la classe. Dans les rues de Conakry, un père de famille pouvait rappeler à l’ordre l’enfant d’un autre, sans crainte. Aujourd’hui, le rapport s’est inversé. Un enseignant peut surprendre un élève en train de fumer ou de se droguer et préférer se taire. Par peur. Par lassitude. Parfois même par crainte de représailles.
Dans ce climat, les autorités sont pointées du doigt. « Elles portent une grande part de responsabilité », estime un acteur de la société civile. Interdire le tabac et l’alcool aux moins de 20 ans dans l’espace public, restreindre l’accès aux lieux de loisirs pour les plus jeunes : autant de mesures qui, selon lui, pourraient freiner la délinquance juvénile, la violence verbale, les injures publiques et d’autres dérives plus graves.
Sur le terrain, le malaise est palpable. L’école, autrefois pilier de l’ordre social, semble aujourd’hui marcher à l’envers. Et pendant que l’exclusion remplace le recadrage éducatif, c’est toute une génération qui risque de décrocher, sans bruit, sans colère, mais avec des conséquences durables pour la société.
Alpha Amadou Diallo






































