Le procès des événements du 28 septembre 2009 continue de faire remonter à la surface les plaies béantes d’une tragédie nationale longtemps enfouie sous le poids du silence et de l’impunité. Ce lundi 26 janvier 2026, devant le tribunal ad hoc de Dixinn, exceptionnellement délocalisé à la Cour d’appel de Conakry, la parole des victimes s’est de nouveau imposée, brute, douloureuse et irréfutable.
À la barre, ce ne sont pas seulement des témoins qui se succèdent, mais des familles meurtries venues réclamer une chose simple et essentielle : la vérité. Certaines racontent la perte irréversible d’un proche, d’autres l’absence insupportable d’un corps à enterrer, laissant le deuil inachevé.
Mamadou Sanou Bah a ainsi évoqué la disparition de son cousin, présent au stade le jour du massacre. Après de longues recherches, la famille aurait retrouvé le corps à la morgue. Aucune blessure apparente, mais un corps noirci, témoin muet de violences dont les circonstances exactes continuent de hanter les consciences. Le corps a été inhumé, mais les questions, elles, demeurent sans sépulture.
Parmi les récits les plus poignants figure celui d’Amadou Djouldé Barry. « J’ai échappé à la mort », répète-t-il, comme pour conjurer le souvenir. Boutiquier, il assure s’être retrouvé au stade presque par hasard, entraîné par la foule alors qu’il se rendait à son travail. Les portes ouvertes, la prière, puis soudain les tirs. La panique. La fuite impossible.
Son témoignage décrit la violence à l’état brut : des militaires qui l’auraient intercepté, battu, puis poignardé au pied. Sa survie tiendrait à un détail presque irréel : la reconnaissance par un gendarme, ancien camarade d’école primaire, qui aurait ordonné son transfert avant de le libérer en chemin, lui sauvant la vie. Une humanité fragile, surgie au cœur de l’horreur.
Mais pour d’autres, aucun miracle n’est venu. Alpha Boubacar Diallo affirme avoir perdu son grand frère lors de ces événements. Le corps n’a jamais été retrouvé. Seule certitude : sa présence au stade ce jour-là, confirmée par un ami, Thierno Amadou Diallo. Un nom de plus sur la longue liste des disparus sans tombe, sans adieu.
À mesure que les audiences avancent, le procès du 28 septembre ne se limite plus à l’examen de faits judiciaires. Il devient un face-à-face entre la nation et sa mémoire. Chaque témoignage rappelle que derrière les chiffres et les qualifications pénales, il y a des vies brisées, des familles endeuillées et une société en quête de justice.
L’audience a été renvoyée au 10 février 2026 pour la poursuite de la comparution de la partie civile. D’ici là, les mots prononcés à la barre continueront de résonner, rappelant que la justice ne se mesure pas seulement aux verdicts, mais à la capacité d’un pays à regarder son passé en face.
Saliou Keita






































