Il y a des faits divers qui dépassent l’horreur brute pour interroger toute une société. Le meurtre de la petite Aye Bobo, trois ans à peine, en fait partie. À Dubréka, le Tribunal de première instance a rendu son verdict : vingt ans de prison ferme pour Saoudatou Bah, reconnue coupable d’avoir ôté la vie à la fillette de sa coépouse. Une peine lourde, à la mesure d’un acte qui heurte la conscience humaine.
Les faits, glaçants, sont désormais établis. L’enfant aurait été ligotée, le visage bandé, puis jetée dans un puits. Une violence extrême, exercée dans un cadre supposé protéger : la famille. Ce lieu qui devrait être refuge et transmission devient ici théâtre de l’irréparable.
Au-delà de la condamnation judiciaire, ce drame pose une question essentielle : comment vivre ensemble pour éviter que de tels crimes ne se produisent ? Vivre en société implique le respect de la vie, la maîtrise des conflits et la protection absolue des plus vulnérables. Les tensions familiales, les rivalités conjugales ou les frustrations personnelles ne peuvent, en aucun cas, justifier la violence, encore moins contre un enfant.
Les citoyens ont une responsabilité collective. Le silence, l’indifférence ou la banalisation des violences domestiques sont souvent les premiers complices du drame. Signaler des comportements inquiétants, alerter les autorités locales, s’appuyer sur les chefs de quartiers, les leaders religieux et communautaires, c’est aussi participer à la prévention. Une société qui détourne le regard face aux signaux faibles prépare, malgré elle, le terrain aux tragédies.
Mais la responsabilité ne saurait reposer uniquement sur les individus. L’État est interpellé. Il lui revient de renforcer les mécanismes de prévention, de protection de l’enfance et de suivi des familles à risque. Cela passe par une justice accessible et dissuasive, mais aussi par des services sociaux de proximité capables d’intervenir avant que le pire ne survienne. La sensibilisation sur les violences intrafamiliales, la médiation familiale et l’accompagnement psychologique doivent cesser d’être des slogans pour devenir des politiques publiques effectives.
L’affaire Aye Bobo rappelle cruellement que punir après coup ne suffit pas. Vingt ans de prison ne rendront jamais la vie à cette enfant. La véritable victoire de la justice et de la société serait d’empêcher que de tels crimes se reproduisent. Protéger l’enfant, c’est protéger l’avenir. Et cela exige une vigilance de tous les instants, partagée entre citoyens responsables et État pleinement engagé.
À Dubréka comme ailleurs, ce verdict doit servir d’électrochoc. Non pour nourrir la peur, mais pour réveiller les consciences. Une société se juge à la manière dont elle protège ses enfants. Sur ce terrain, aucun relâchement n’est permis.
Algassimou L Diallo






































