La scène politique guinéenne entre dans une nouvelle phase, plus compacte, plus disciplinée, mais aussi plus exigeante. En appelant les partis et mouvements ayant soutenu Mamadi Doumbouya à l’élection présidentielle du 28 décembre à se dissoudre dans une seule bannière celle de la Génération pour la modernité et le développement (GMD) le Premier ministre Bah Oury pose un acte fondateur : celui de la centralisation assumée du pouvoir politique autour du président élu.
Le message est clair, presque solennel : l’heure n’est plus à la dispersion, mais à l’alignement. Chargé de structurer et de consolider le GMD comme instrument politique institutionnel du septennat à venir, Bah Oury invite les alliés d’hier à devenir les soldats d’un même parti aujourd’hui. Une mue politique que Ben Youssouf Keita, président de l’Alliance pour le changement et le progrès (ACP), dit avoir accueillie « avec compréhension ».
Dans un contexte où Mamadi Doumbouya a été élu en tant que candidat indépendant, la logique avancée est implacable : gouverner durablement suppose un socle partisan solide. Le GMD est appelé à devenir le bras politique du pouvoir exécutif, celui qui portera demain les majorités municipales, régionales, législatives et sénatoriales. Autrement dit, le parti devra irriguer toutes les strates du pouvoir institutionnel.
Pour Ben Youssouf Keita, l’équation est simple : ceux qui ont fait campagne pour le programme du GMD ne peuvent aujourd’hui se tenir à l’écart de la maison commune. La fusion devient alors un acte de cohérence politique, presque un devoir moral vis-à-vis de l’électorat qui a plébiscité Mamadi Doumbouya à 86,72 %. Se fondre dans le GMD, selon lui, permet d’éviter frustrations, exclusions et querelles de chapelle au sein du camp victorieux.
C’est dans cet esprit que l’ACP, réunie en session extraordinaire le 28 janvier 2026, a décidé d’accepter la sollicitation du Premier ministre. Un choix assumé, enraciné dans un engagement ancien : celui pris depuis le 5 septembre 2021 aux côtés du CNRD, puis renouvelé à travers la Charte de la Guinée inclusive. Pour le leader de l’ACP, la fidélité politique n’est pas une posture, mais une trajectoire.
Reste toutefois une question que l’édito ne peut esquiver : la fusion est-elle un rassemblement librement consenti ou une nécessité imposée par la gravité du pouvoir ? Si Ben Youssouf Keita promet une participation pleine et entière au fonctionnement du GMD, avec des responsabilités à la mesure de l’implantation de son parti, l’avenir dira si cette grande maison politique saura réellement accueillir toutes ses composantes sans les diluer.
Le GMD se veut le parti de la modernité. Il lui faudra prouver qu’il sait conjuguer unité et pluralité, discipline et reconnaissance, autorité et inclusion. Car si l’histoire politique guinéenne enseigne une chose, c’est que l’unité imposée sans respiration finit toujours par chercher de l’air.
Saliou Keita






































