Réunis au Palais du Peuple à Conakry, ce dimanche 8 février 2025, des acteurs culturels, responsables gouvernementaux et délégations venues de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont célébré la 4ᵉ édition de la Journée culturelle ADLAM Poulakou. À cette occasion, une annonce majeure a été faite : la reconnaissance officielle prochaine des systèmes d’écriture guinéens dans une loi d’orientation linguistique en cours de promulgation.
Le Palais du Peuple a vibré, ce dimanche, au rythme des langues et des cultures guinéennes. À l’occasion de la 4ᵉ édition de la Journée culturelle ADLAM Poulakou, des invités venus des quatre régions naturelles du pays, mais aussi de la Gambie, du Sénégal, du Mali, de la Sierra Leone et du Liberia, ont répondu présents à cet événement devenu incontournable pour la promotion des langues nationales.
Prenant la parole devant un parterre composé de membres du gouvernement, de sages, d’intellectuels et d’acteurs culturels, Nafadji Sory Condé, directeur national adjoint de l’Alphabétisation, a livré un message fort, au nom du ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle.
Une journée « inscrite en lettres d’or »
Souhaitant la bienvenue aux participants, le responsable a salué une initiative qui, selon lui, « s’inscrit désormais en lettres d’or dans la promotion de la diversité linguistique et culturelle guinéenne ». Il a rappelé l’engagement de la Direction nationale de l’alphabétisation à accompagner les centres d’enseignement de l’ADLAM à Conakry, en Moyenne Guinée, en Haute Guinée, en Guinée forestière et sur l’ensemble du territoire national.
« Aujourd’hui, l’ADLAM est devenue une fierté nationale », a-t-il affirmé, soulignant les efforts déployés auprès des plus hautes autorités pour donner un véritable statut juridique aux langues nationales.
Une loi organique en gestation
Au cœur de son intervention, une annonce très attendue : la finalisation d’un projet de loi organique portant orientation linguistique de la République de Guinée. Ce texte, élaboré au sein même du Palais du Peuple à l’issue d’une semaine de travaux réunissant services de l’État et linguistes, vise à préciser les modalités d’application de l’article 5 de la Constitution.
Cet article reconnaît le français et les langues nationales comme langues officielles de la République de Guinée, tout en confiant à l’État la mission de promouvoir l’enseignement des langues nationales et d’assurer la traduction des lois.
La reconnaissance des écritures guinéennes
Fait marquant : le projet de loi consacre officiellement les systèmes d’écriture inventés par des Guinéens, notamment N’Ko, ADLAM et Koré Sébèli, au même titre que l’alphabet latin. Une avancée historique, longtemps freinée par des obstacles institutionnels, administratifs et politiques.
« Une fois cette loi promulguée, il reviendra à l’État d’assurer la promotion effective des langues nationales et de leurs systèmes d’écriture », a insisté Nafadji Sory Condé.
Des implications dans tous les secteurs
Selon les dispositions annoncées, les langues nationales devraient être utilisées à tous les niveaux :
– dans l’enseignement, de la maternelle à l’université ;
– dans les administrations publiques et les institutions ;
– dans les cours et tribunaux ;
– y compris dans la communication présidentielle, avec un système de traduction prévu.
Le texte prévoit également la création d’une Académie guinéenne des langues nationales ainsi que d’un Conseil national des langues nationales, placé sous l’autorité de la Primature, chargé de coordonner les actions de l’État et des acteurs administratifs.
En attente de promulgation
La loi attend désormais sa promulgation par le président de la République pour entrer en vigueur. En conclusion, le directeur adjoint de l’Alphabétisation a tenu à exprimer sa reconnaissance au général Mamadi Doumbouya, saluant une volonté politique qui, selon lui, permettra aux langues nationales d’accéder enfin à une pleine reconnaissance juridique, avec des impacts budgétaires et institutionnels à long terme.
Un pas décisif vers une Guinée plus fidèle à son identité linguistique et culturelle.

Alpha Amadou Diallo






































