REPORTAGE – De 18h30 à 19h30, la résidence de l’ambassade du Japon à Conakry a vibré au rythme du Tenno Tanjobi, la fête nationale japonaise célébrant l’anniversaire de l’Empereur Naruhito. En présence du Premier ministre guinéen Bah Oury, de plusieurs membres du gouvernement et du corps diplomatique, l’ambassadeur du Japon a livré un discours empreint d’émotion et de perspectives d’avenir pour la coopération guinéo-japonaise.
La cérémonie a débuté à 18h20 précises, dans une atmosphère à la fois solennelle et conviviale. Dans l’assistance, aux côtés du chef du gouvernement Bah Oury, figuraient notamment le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Mïse Sylla, ainsi qu’une représentante du ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger. Diplomates, hauts cadres de l’administration et invités de marque ont répondu à l’invitation de la mission japonaise.
L’anniversaire d’un symbole d’unité
Prenant la parole devant un parterre attentif, l’ambassadeur a rappelé la portée symbolique de cette célébration. Le Tenno Tanjobi marque l’anniversaire de Sa Majesté l’Empereur Naruhito, 127e empereur du Japon et « symbole de l’État et de l’unité du peuple japonais ». En cette huitième année de l’ère Reiwa, le souverain fêtera ses 66 ans le 23 février.
Mais au-delà du protocole, le diplomate a donné à son intervention une tonalité personnelle. Normalement limité à trois ans, son mandat en Guinée a été prolongé, faisant de lui, pour la quatrième fois, l’hôte de cette fête nationale. Une situation qu’il a évoquée avec une pointe d’humour et d’embarras, reconnaissant avoir déjà « presque tout dit » lors de l’édition précédente.
Transition guinéenne et espoir de stabilité
Le cœur du discours a toutefois porté sur la Guinée. Le diplomate a confié avoir été témoin d’étapes majeures de la fin de la transition politique, notamment l’élection présidentielle et la cérémonie d’investiture du chef de l’État. Il a exprimé le vœu que le processus se poursuive « harmonieusement et à la satisfaction des Guinéens », condition essentielle, selon lui, pour envisager l’avenir avec sérénité.
Cette stabilité, a-t-il insisté, constitue un facteur clé pour renforcer les cinquante prochaines années de coopération entre Conakry et Tokyo. Le 20 janvier dernier, l’ambassade du Japon a d’ailleurs célébré le 50e anniversaire de son ouverture en Guinée – un jalon historique que le diplomate a évoqué à travers des images projetées en début de cérémonie.
Trois mille kilomètres à la découverte du pays
L’ambassadeur n’a pas manqué de rappeler son attachement personnel au pays. Fidèle à sa promesse initiale de « connaître la Guinée », il affirme avoir visité presque toutes les préfectures, parcourant plus de 3 000 kilomètres à travers le territoire en tant que coureur passionné.
De ses déplacements, il retient la « grande patience des Guinéens », mais aussi un constat plus nuancé : la richesse intrinsèque du pays ne bénéficie pas encore équitablement à tous ses habitants. Une observation formulée avec diplomatie, mais qui a résonné comme un appel à un développement plus inclusif.
Infrastructures et jeunesse : les clés des 50 prochaines années
Comparant la dynamique actuelle de la Guinée à celle du Japon des années 1960- période de forte croissance économique durant laquelle il a lui-même grandi- l’ambassadeur a salué l’essor des infrastructures : routes bitumées, bâtiments neufs, logements en construction. « Ce pays va beaucoup changer dans les dix prochaines années », a-t-il estimé.
Mais pour lui, l’enjeu majeur reste ailleurs : dans la promotion industrielle et surtout dans la formation des ressources humaines. Il a insisté sur la nécessité d’investir dans l’éducation des écoliers et des étudiants, « moins visible comme les fondations d’une maison », mais déterminante pour l’avenir des cinquante prochaines années.
Quand les mangas rapprochent Conakry et Tokyo
Dans une note plus culturelle, le diplomate a partagé sa surprise face à l’engouement des jeunes Guinéens pour les mangas et les animes japonais. Deux événements dédiés à cet univers se sont tenus l’an dernier en Guinée, révélant, selon lui, l’intelligence et la créativité des artistes locaux.
Il a encouragé ces derniers à projeter l’image de la Guinée à travers ce médium, voire à s’aventurer dans la création d’animes. « La rencontre du Japon et de la Guinée passe aussi par vos pinceaux », a-t-il lancé, suscitant des sourires dans l’assistance.
Une allocution conclue à 19h22
Après une intervention dense et chaleureuse, ponctuée d’applaudissements, le discours de l’ambassadeur s’est achevé aux environs de 19h22. La réception s’est poursuivie autour de spécialités japonaises et d’échanges informels entre responsables guinéens et diplomates étrangers.
Au-delà des formules protocolaires, cette célébration du Tenno Tanjobi aura surtout été l’occasion d’un regard croisé : celui d’un diplomate en fin de mission, témoin attentif d’une Guinée en mutation, et celui d’un pays qui cherche à consolider ses bases pour bâtir les cinquante prochaines années de son histoire.
Marliatou Sall






































