Dans un contexte régional marqué par la poussée du terrorisme et l’instabilité institutionnelle, la question des frontières n’est plus un simple tracé sur une carte. Elle est devenue une ligne de front. Et la Guinée semble enfin en prendre la pleine mesure.
Au ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, l’heure est à l’accélération. Le secrétariat exécutif de la Commission nationale des frontières est mobilisé autour d’un enjeu stratégique : la délimitation, la démarcation et le bornage définitif de la frontière entre la Guinée et le Mali.
Car au-delà des considérations techniques, c’est bien la souveraineté et la sécurité nationale qui sont en jeu. Comme le souligne Saa David Leno, expert régional des pays côtiers en gouvernance au sein du Programme de l’Union africaine sur les frontières, la montée des menaces sécuritaires impose aux États de se doter de documents de référence clairs, opposables et partagés. En d’autres termes, on ne peut défendre ce que l’on ne définit pas.
Sur le terrain, des avancées notables sont enregistrées. Selon Dr Cheikh Sidya Diabaté, secrétaire exécutif de la commission nationale des frontières, l’essentiel du tracé avec le Mali est désormais acté. Deux points sensibles demeurent toutefois en suspens : le mont Sagou et la zone de Bambadala. Deux portions où Conakry et Bamako n’ont pas encore trouvé un terrain d’entente sur la délimitation et le bornage. Deux points qui, à eux seuls, rappellent combien la frontière est aussi affaire de diplomatie, de mémoire et parfois de susceptibilités historiques.
Mais l’ambition affichée dépasse la seule frontière guinéo-malienne. Il s’agit désormais d’élaborer une véritable stratégie nationale de gestion des frontières. Une vision globale, cohérente, qui vise à transformer ces lignes de séparation en espaces de coopération. Renforcer la paix, stabiliser les zones frontalières, stimuler le développement économique local : le discours officiel s’inscrit dans une logique de sécurité intégrée.
Cette approche s’articule aussi avec les perspectives ouvertes par le programme Simandou, dont l’exploitation pourrait redessiner l’économie nationale. Le développement endogène des communautés frontalières devient alors un impératif stratégique : pas de croissance durable sans stabilité territoriale.
Le secrétaire général du ministère, Mohamed Sikhé Camara, évoque d’ailleurs la nécessité de renforcer les capacités institutionnelles dans ces zones sensibles. Le recrutement d’un consultant international est envisagé, avec l’appui des partenaires techniques et financiers, afin d’élaborer un document de stratégie nationale sur la question frontalière. L’objectif : stabiliser durablement les relations avec l’ensemble des voisins – du Sénégal à la Côte d’Ivoire, en passant par la Sierra Leone, le Liberia et la Guinée-Bissau.
Reste une question essentielle : la Guinée saura-t-elle transformer cette volonté affichée en résultats concrets sur le terrain ?
Car en matière de frontières, l’approximation n’est plus permise. À l’heure où les groupes armés exploitent la porosité des territoires et où les tensions régionales se multiplient, borner ses limites, c’est aussi affirmer son autorité.
La frontière n’est pas une périphérie. Elle est le premier rempart de l’État.
Amadou Diallo






































