Conakry. La Guinée compte désormais plus de 17,5 millions d’habitants. Mais pour le Premier ministre Bah Oury, ces chiffres préliminaires du RGPH-4 doivent être compris avec nuance et utilisés comme un levier stratégique pour la refondation de l’État.
Publiés le 25 février 2026 à Conakry, les résultats du quatrième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-4) estiment à plus de 17 500 000 le nombre de personnes vivant sur le territoire national.
Prenant la parole, le chef du gouvernement a salué « un grand pas pour la République dans le cadre de sa refondation », estimant que ce recensement constitue un outil fondamental pour asseoir les bases d’un développement durable.
17,5 millions d’habitants… mais pas uniquement des Guinéens
Souhaitant dissiper toute confusion, Bah Oury a tenu à préciser la portée des chiffres.
« Il faut faire comprendre à nos compatriotes que cela ne veut pas dire qu’il y a 17 500 000 Guinéens. Il y a 17 500 000 personnes qui vivent en République de Guinée, sans compter ceux qui sont à l’étranger », a-t-il expliqué.
La diaspora n’étant pas prise en compte dans ces statistiques, le Premier ministre estime que le nombre total de Guinéens à travers le monde pourrait dépasser 20 millions, voire atteindre 22 à 24 millions, si l’on intégrait les ressortissants vivant hors du pays.
Il a, au passage, félicité le ministère du Plan et salué le travail scientifique de l’Institut national de la statistique (INS), dont les données affinées permettront, selon lui, de mieux cerner la répartition des populations.
Siguiri et Kankan, pôles d’attraction masculine
Abordant les disparités régionales, Bah Oury a évoqué les fortes concentrations démographiques observées dans des localités comme Siguiri, Kankan, Boké, Kindia, Conakry et Nzérékoré.
Il pointe notamment l’impact de l’orpaillage sur la démographie de Siguiri. « L’une des raisons fondamentales pour lesquelles cette région constitue un aimant, c’est l’or. Les hommes y vont à la recherche du travail », a-t-il souligné, expliquant ainsi le taux élevé de masculinité dans certaines zones minières.
« Siguiri est devenue une mégapole, sans pour autant disposer de toutes les infrastructures indispensables », a-t-il averti, évoquant une urbanisation accélérée et souvent non maîtrisée. D’où, selon lui, la nécessité de politiques structurelles fortes pour réguler les flux migratoires et répondre aux besoins croissants en infrastructures.
L’exode et la féminisation de certaines régions
À l’inverse, le faible taux de masculinité observé dans des localités comme Pita, Labé et Mamou s’explique, selon le Premier ministre, par l’exode rural et l’émigration.
« La plupart des gens de Pita sont à Dakar et ailleurs, à l’étranger », a-t-il affirmé, plaidant pour « une approche singulière » afin de répondre aux besoins spécifiques des femmes, majoritaires dans ces zones.
Investir dans le monde rural et structurer le territoire
Les résultats du RGPH-4 indiquent que 61,3 % de la population vit en milieu rural, contre 38,7 % en zone urbaine. Pour Bah Oury, ces données doivent guider l’action publique.
« Il est important d’investir dans l’amélioration des conditions de vie des populations rurales », a-t-il insisté, estimant qu’il faut accélérer les réformes pour rattraper le temps perdu.
Parmi les priorités évoquées : le développement de corridors ferroviaires structurants. « Quand je parle de corridor, je pense avant tout au chemin de fer. C’est lui qui constitue, de manière durable, les bases du développement économique et de la stabilité », a-t-il soutenu, appelant à la mise en place d’un corridor nord et d’un corridor central pour équilibrer le territoire.
Vers un numéro d’identification unique
Enfin, le Premier ministre a annoncé la poursuite de l’instauration d’un numéro d’identification personnel unique pour chaque citoyen. Un dispositif qu’il juge indispensable pour bâtir un État « viable, sécurisé et capable d’assurer son développement économique ».
Pour Bah Oury, le RGPH-4 ne se limite donc pas à un exercice statistique : il constitue un instrument stratégique pour anticiper les défis démographiques, corriger les déséquilibres territoriaux et orienter durablement l’action publique.
Marliatou Sall






































