Édito :
Il y a des visites ministérielles qui relèvent du protocole. Celle effectuée le 27 février 2026 par le ministre de la Justice au tribunal de première instance de Kaloum n’était pas de celles-là. En se rendant dans cette juridiction emblématique de Conakry, Ibrahima Sory II Tounkara a choisi la franchise plutôt que la courtoisie, la fermeté plutôt que les formules diplomatiques.
Le constat dressé est sévère. Absentéisme, retards répétés, politisation rampante et usage excessif des réseaux sociaux : le malaise est profond. Le garde des Sceaux n’a pas hésité à pointer du doigt certains juges d’instruction plus actifs sur les plateformes numériques que dans leurs cabinets. Pendant que les justiciables attendent, la justice, elle, semble parfois suspendue à un fil… numérique.
Au-delà des comportements individuels, c’est la question de la neutralité et de la crédibilité de l’institution qui est posée. Un magistrat qui commente l’actualité politique en ligne fragilise l’image d’impartialité que son statut exige. Or, sans impartialité perçue, il n’y a pas de confiance. Et sans confiance, la justice devient une mécanique vide.
Le ministre annonce donc la redynamisation de l’Inspection des services judiciaires et pénitentiaires, avec des contrôles inopinés. Une mesure qui, sur le papier, peut paraître coercitive, mais qui traduit surtout une volonté de restaurer l’autorité et la rigueur dans un secteur stratégique. La justice n’est pas un service ordinaire : elle tranche des libertés, des patrimoines, parfois des destins.
La mise en garde sur les voyages non autorisés et les autorisations d’absence « fantaisistes » renvoie à un autre mal bien connu de l’administration : l’indiscipline institutionnalisée. Lorsqu’un magistrat s’absente sans cadre clair, ce sont des dossiers qui stagnent, des audiences qui s’accumulent, des citoyens qui s’impatientent. L’exigence de présence et de rendement ne relève pas d’un excès d’autorité ; elle découle de la nature même de la fonction.
Autre signal fort : la fin des audiences sans rendez-vous au ministère. Là encore, le message est limpide. Un magistrat doit être d’abord dans son tribunal, au service des justiciables, et non dans les couloirs de l’administration centrale sans motif impérieux. La justice se rend dans les salles d’audience, pas dans les antichambres.
Mais au-delà des remontrances, c’est un appel à la responsabilité collective qui se dessine. Les chefs de juridiction sont interpellés : la discipline commence à l’interne. La ponctualité, le respect des horaires d’audience, la rigueur administrative ne sont pas des détails. Ils sont les fondations d’une institution crédible.
La question, désormais, est simple : ces rappels à l’ordre marqueront-ils un véritable tournant ? La justice guinéenne est engagée dans une quête de légitimité et d’efficacité. Elle ne pourra la gagner que par l’exemple, la constance et l’exigence.
La réforme des textes est nécessaire. Mais la réforme des comportements l’est tout autant. Et sur ce terrain, le signal envoyé à Kaloum se veut clair : la robe impose des devoirs.
A Amadou Diallo






































