Édito
En Guinée, la question des expulsions de ressortissants étrangers s’impose progressivement comme un nouveau marqueur du débat sur la gouvernance sécuritaire. Entre nécessité de lutter contre l’insécurité et risque de stigmatisation, les opérations engagées par les autorités divisent l’opinion.
Pour les critiques du régime du président Mamadi Doumbouya, ces mesures traduisent un durcissement du climat politique et social. Ils y voient une approche restrictive qui pourrait fragiliser les principes de coexistence et d’intégration qui ont longtemps caractérisé la société guinéenne.
Mais du côté des partisans de ces opérations, le discours est tout autre. Ils défendent une politique de fermeté qu’ils jugent indispensable face à la montée de certains phénomènes criminels dans des zones urbaines précaires. Dans leur argumentaire, certaines agglomérations informelles, où vivent des ressortissants de pays voisins comme la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire ou le Mali, seraient devenues des foyers d’activités illicites, notamment le trafic de drogue et la prostitution.
Pour ces défenseurs de la ligne sécuritaire, les expulsions ne viseraient pas des communautés en tant que telles, mais des individus soupçonnés d’implication dans des réseaux criminels. L’objectif affiché serait d’assainir certains espaces urbains et de renforcer la sécurité des populations, notamment des plus vulnérables.
Toutefois, au-delà des justifications officielles, une question fondamentale demeure : comment concilier impératif sécuritaire et respect des droits humains ? Car si la sécurité est une exigence légitime de l’État, elle ne peut durablement s’imposer sans transparence, sans cadre légal clair et sans garanties contre les amalgames.
La véritable équation pour les autorités guinéennes reste donc celle-ci : rassurer les citoyens sans créer de nouvelles fractures sociales. Car une politique sécuritaire efficace ne se mesure pas seulement à sa fermeté, mais aussi à sa capacité à préserver la justice et la cohésion sociale.
Le défi est de taille : faire de la sécurité un facteur de stabilité, et non une source de tensions supplémentaires.
Amadou Diallo


































