CONAKRY. Quarante-deux ans après la disparition d’Ahmed Sékou Touré, premier président de la République de Guinée, les blessures laissées par son règne continuent de nourrir les débats. Figure emblématique de l’indépendance conquise en 1958, mais aussi dirigeant dont le pouvoir fut marqué par une forte répression politique, Sékou Touré demeure l’un des personnages les plus controversés de l’histoire guinéenne.
À l’occasion de cet anniversaire, le journaliste Boubacar Caba Bah consacre un long balado à cette période charnière de l’histoire nationale. Pendant 1 heure et 22 minutes, il recueille le témoignage de Saifoulaye Touré, fils d’Ismaël Touré et neveu de l’ancien chef de l’État, qui revient sur les derniers jours du régime, les luttes de succession et les événements ayant conduit au renversement du Parti démocratique de Guinée (PDG).
Une disparition qui change le destin de la Guinée
Le 26 mars 1984, Ahmed Sékou Touré décède dans une clinique de Cleveland, aux États-Unis, où il avait été évacué pour recevoir des soins médicaux. Une disparition qui surprend de nombreux Guinéens et ouvre une période d’incertitude politique.
Cette mort revêt une dimension symbolique particulière. Durant plus de deux décennies, le président guinéen avait dénoncé avec vigueur ce qu’il qualifiait d’« impérialisme » occidental, accusant régulièrement la France et ses alliés de vouloir déstabiliser son régime. Pourtant, c’est sur le sol américain que s’éteint celui qui dirigeait la Guinée depuis son accession à l’indépendance.
Son décès laisse un pays profondément marqué par une gouvernance autoritaire, une économie fragilisée, des milliers de prisonniers politiques, d’exilés et de disparus, dont les conséquences continuent d’alimenter les réflexions sur la mémoire nationale.
Un témoin privilégié raconte les coulisses
Dans ce balado, Saifoulaye Touré livre un récit personnel des événements qui ont suivi la disparition du premier président guinéen.
À cette époque, il poursuit ses études au Canada lorsqu’il apprend la nouvelle par l’ambassadeur de Guinée. Très vite, il assiste à distance aux tensions qui secouent le sommet de l’État.
Selon lui, les jours qui suivent sont marqués par des rivalités internes, des incertitudes politiques et des affrontements entre les principaux responsables du régime, jusqu’au coup d’État militaire du 3 avril 1984, conduit par un groupe d’officiers qui met définitivement fin à vingt-six années de pouvoir du Parti démocratique de Guinée.
Les rumeurs autour d’Ismaël Touré
L’entretien revient également sur plusieurs épisodes ayant alimenté les récits autour d’Ismaël Touré, longtemps considéré comme l’un des hommes les plus influents du régime.
Saifoulaye Touré évoque notamment les dissensions familiales qui auraient émergé après la disparition de Sékou Touré, mais aussi certaines rumeurs restées ancrées dans la mémoire collective.
Parmi elles figurent la célèbre histoire de la supposée gifle infligée par Ismaël Touré à Lansana Béavogui, alors dauphin constitutionnel, ainsi que les accusations selon lesquelles son père aurait reçu 10 millions de dollars du groupe minier Rio Tinto dans le cadre du projet Simandou.
À travers son témoignage, il tente d’apporter son éclairage sur ces épisodes qui continuent d’alimenter les controverses historiques.
L’arrestation et la fin tragique d’Ismaël Touré
Le récit s’attarde enfin sur le destin d’Ismaël Touré après la chute du régime.
Arrêté à la suite du coup d’État militaire d’avril 1984, l’ancien ministre est emprisonné avant d’être exécuté en 1985, sans avoir été jugé, dans le contexte de la répression qui suit la tentative de coup d’État menée par le colonel Diarra Traoré, ancien numéro deux de la junte militaire.
Un épisode qui illustre, selon plusieurs historiens, la violence politique qui a accompagné la transition entre l’ancien régime et le pouvoir militaire.
Une mémoire toujours vivante
Plus de quatre décennies après ces événements, l’héritage de Sékou Touré demeure un sujet de débat en Guinée. Entre les partisans qui saluent son combat pour l’indépendance nationale et ceux qui dénoncent les dérives autoritaires de son régime, les interprétations restent profondément divisées.
À travers le témoignage de Saifoulaye Touré, ce balado apporte un regard inédit sur les coulisses d’une période décisive de l’histoire guinéenne et invite à une réflexion sur les leçons à tirer de ces années marquées par les tensions politiques, les drames humains et les bouleversements institutionnels.
La transcription intégrale de cet entretien est également disponible en complément du balado, offrant aux lecteurs et aux chercheurs un document précieux pour mieux comprendre l’une des pages les plus sensibles de l’histoire contemporaine de la Guinée.
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