La nuit du samedi 22 au dimanche 23 août 2026 restera une nouvelle fois gravée dans la mémoire des habitants de Dar-es-Salam. Aux environs de 3 heures du matin, un éboulement survenu à proximité de la décharge a fait au moins neuf morts, selon un premier bilan. Parmi les victimes figureraient cinq membres d’une même famille. Un drame d’une violence insoutenable, alors que les recherches se poursuivent et que le bilan pourrait encore s’alourdir.
Mais au-delà de l’émotion et de la douleur, une question s’impose : fallait-il attendre de nouveaux morts pour agir ?
Depuis plusieurs jours, les autorités avaient pourtant alerté sur les risques d’éboulement et de glissement de terrain dans cette zone. Des appels à la vigilance avaient été lancés. Des travaux de libération et de sécurisation des emprises de la décharge avaient même été annoncés pour éloigner les populations des secteurs les plus exposés.
Cruelle ironie : le démarrage de ces opérations était annoncé pour ce dimanche 23 août, quelques heures seulement après le drame.
Aujourd’hui, il ne suffit plus de constater les dégâts, de compter les morts et d’exprimer la compassion de la Nation. Car si les risques étaient connus, s’ils avaient été identifiés et signalés, alors la prévention devait être à la hauteur du danger. La tragédie de Dar-es-Salam pose avec une acuité particulière la question de la gestion des zones à risques dans le Grand Conakry.
Comment accepter que des familles continuent de vivre à quelques mètres d’une immense décharge, sous la menace permanente d’un effondrement ? Comment tolérer que les alertes se succèdent sans que les mesures de sécurisation ne soient engagées avec toute la célérité qu’impose une situation d’urgence ?
Bien sûr, les réalités sociales sont complexes. Quitter une habitation, même située dans une zone dangereuse, n’est jamais une décision simple pour des familles qui n’ont souvent ni alternative ni moyens de se reloger. C’est précisément là que la responsabilité des pouvoirs publics prend tout son sens : prévenir, sécuriser, accompagner et reloger lorsque cela devient nécessaire.
Le drame de Dar-es-Salam ne doit donc pas devenir une tragédie de plus dans la longue liste des catastrophes suivies de promesses, de missions d’évaluation et de communiqués. Il doit marquer un tournant.
Les opérations annoncées doivent désormais être menées avec rigueur et urgence. Les zones les plus dangereuses doivent être identifiées et libérées. Les populations concernées doivent être accompagnées avec humanité et des solutions concrètes doivent leur être proposées. Car une évacuation ordonnée sans solution de relogement ne ferait que déplacer le problème.
Dar-es-Salam vient encore de payer un lourd tribut. Derrière le bilan provisoire, il y a des familles brisées, des enfants peut être devenus orphelins, des proches plongés dans le deuil.
Cette fois, l’heure ne doit plus seulement être à la compassion.
Elle doit être à l’action. Car lorsqu’un danger est connu, ne pas agir à temps peut aussi devenir une tragédie annoncée.



Amadou Diallo






































