Il est des moments où les discours ne relèvent plus de la simple communication politique, mais traduisent une volonté de rupture. En fixant trois principes qu’il qualifie de « non négociables » à l’ensemble de son gouvernement, le Premier ministre Bah Oury envoie un message clair : l’heure n’est plus aux initiatives dispersées ni aux rivalités administratives. Elle est désormais à la discipline, à la coordination et à l’obligation de résultats.
À l’occasion de la restitution des travaux de l’Atelier stratégique consacré à l’accélération des mégaprojets du Programme Simandou 2040, le chef du gouvernement a dévoilé le contenu d’une lettre adressée à tous les ministres. Trois exigences y figurent : la concertation, le respect de la chaîne hiérarchique et la discipline. Trois mots simples, mais qui traduisent les faiblesses récurrentes de l’administration publique guinéenne.
Le premier principe, celui de la transversalité, est sans doute le plus déterminant. Les grands projets structurants, qu’il s’agisse du Programme Simandou 2040 ou des autres chantiers nationaux, ne peuvent être menés à bien dans des ministères fonctionnant en vase clos. La culture du travail collectif reste encore un défi majeur pour une administration où les cloisonnements institutionnels ralentissent souvent les décisions et compliquent l’exécution des politiques publiques.
Le deuxième principe touche au fonctionnement même de l’Exécutif. En rappelant qu’un gouvernement est avant tout une équipe dirigée par un Premier ministre, Bah Oury réaffirme une évidence institutionnelle qui, visiblement, mérite d’être rappelée. Le respect de la hiérarchie n’est pas une question d’autorité personnelle, mais une condition essentielle à la cohérence de l’action gouvernementale. Sans coordination, chaque ministère avance selon son propre calendrier, au risque de fragiliser l’ensemble des réformes.
Enfin, le troisième principe, la discipline, apparaît comme le socle des deux premiers. Le Premier ministre ne cache pas son diagnostic : l’indiscipline, les susceptibilités personnelles et les comportements guidés par l’orgueil constituent autant d’obstacles à l’efficacité de l’État. Derrière cette mise en garde se dessine une volonté de mettre fin à certaines pratiques qui ont longtemps freiné la mise en œuvre des politiques publiques.
Mais au-delà du rappel à l’ordre adressé aux ministres, c’est toute une conception de la gouvernance qui se dessine. En affirmant que « la période de la transition est terminée » et que les autorités sont désormais « redevables devant le peuple de Guinée », Bah Oury inscrit son action dans une logique de responsabilité politique. L’entrée dans l’ordre constitutionnel implique désormais une exigence accrue de résultats, de transparence et d’efficacité.
Reste une question essentielle : ces principes seront-ils suivis d’effets ? Les discours d’autorité ne manquent pas dans l’histoire politique guinéenne. Ce qui fait souvent défaut, en revanche, c’est leur traduction dans les actes. La fermeté annoncée devra donc s’accompagner d’une évaluation régulière des performances, d’une responsabilisation réelle des ministères et, si nécessaire, de sanctions lorsque les objectifs ne sont pas atteints.
Le Programme Simandou 2040 représente une opportunité historique pour transformer durablement l’économie guinéenne. Mais les ambitions affichées ne pourront devenir réalité que si l’administration adopte une nouvelle culture de gouvernance, fondée sur la coopération, la discipline et le sens de l’intérêt général.
Le message du Premier ministre est donc sans ambiguïté : l’heure des justifications est révolue. Celle des résultats commence.
Moussa Aziz Camara





































