Il y a des moments où le discours politique cesse d’être un exercice de style pour devenir un avertissement. Ce mardi 5 mai, en marge du Conseil interministériel, Bah Oury a clairement choisi son camp : celui de l’efficacité contre l’approximation, celui des résultats contre les déclarations d’intention.
La signature des contrats annuels de performance avec les membres du gouvernement n’est pas un simple rituel administratif. C’est un marqueur politique. Un signal envoyé à une administration souvent critiquée pour sa lenteur, son opacité et son manque de redevabilité. À travers cet acte, la Primature tente d’imposer une révolution silencieuse : faire de la performance une obligation, et non plus une option.
Car derrière ces contrats se cache une exigence redoutable : des objectifs clairs, mesurables, et surtout évaluables. Autrement dit, chaque ministre est désormais sommé de produire des résultats tangibles, visibles par les citoyens. Une rupture assumée avec une culture de gouvernance où les promesses suffisaient parfois à masquer l’inaction.
Dans la continuité des lettres de mission récemment adressées aux départements ministériels, cette initiative renforce un principe simple mais souvent négligé : gouverner, c’est rendre compte. Et rendre compte, c’est accepter d’être jugé sur ses actes.
Le message de Bah Oury est sans ambiguïté : le temps des engagements flous est révolu. Place à une gouvernance où chaque retard, chaque insuffisance, devra être assumé. Une manière de rappeler que la fonction ministérielle n’est pas un privilège, mais une responsabilité directe vis-à-vis des citoyens.
Reste une question essentielle : cette volonté politique survivra-t-elle à l’épreuve du terrain ? Car en Guinée, les réformes ne manquent pas. Ce qui fait souvent défaut, c’est leur application. Entre ambition affichée et réalité administrative, le fossé est parfois profond.
En érigeant la culture du résultat en norme, le Premier ministre pose les bases d’un changement nécessaire. Mais pour qu’il soit réel, il faudra plus que des signatures : il faudra du suivi, de la transparence et, surtout, des sanctions en cas de manquement. Sans cela, la promesse de performance risque, une fois de plus, de se perdre dans les couloirs du pouvoir.
Saliou Keita




































