Edito:
À quelques jours de la Journée internationale de la liberté de la presse, un nouvel épisode vient rappeler la fragilité du droit d’informer en Guinée. Le Syndicat des Professionnels de la Presse de Guinée (SPPG) a dénoncé avec fermeté l’arrestation qu’il qualifie d’« arbitraire » de Cheick Camara, reporter au sein de Cavi Médias, interpellé ce mardi 28 avril 2026 dans le quartier de Cosa, en haute banlieue de Conakry.
Selon le communiqué du syndicat, les faits se sont produits aux environs de 5 heures du matin, alors qu’une opération de déguerpissement liée à un litige foncier se déroulait dans la zone. Le journaliste serait simplement sorti devant son domicile pour observer la situation. Ni caméra en main, ni en pleine captation d’images, il se serait pourtant identifié à l’aide de sa carte de presse avant d’être interpellé sans justification.
Un récit troublant, qui relance une question essentielle : depuis quand le simple regard d’un journaliste dérange-t-il au point de justifier une arrestation ?
Le SPPG affirme que Cheick Camara a été embarqué de force, privé de son téléphone, puis détenu dans des conditions jugées dégradantes. Il aurait d’abord été conduit au violon de la gendarmerie ECO 18, avant d’être transféré à l’escadron mobile n°4 de Matoto. Une détention de plus de quatre heures, selon le syndicat, sans base légale clairement établie.
Au-delà du cas individuel, c’est tout un symbole qui inquiète. Lorsqu’un journaliste peut être arrêté alors qu’il exerce son devoir de vigilance citoyenne, c’est la liberté de la presse qui vacille. Lorsqu’un reporter est traité comme un suspect pour avoir voulu constater des faits, c’est le droit du public à l’information qui se trouve menacé.
Le SPPG ne s’y est pas trompé. Le syndicat parle d’une atteinte grave à la liberté de la presse et d’un acte d’intimidation visant les professionnels des médias. Il réclame l’ouverture d’une enquête, des sanctions contre les agents impliqués, la fin des violences et du harcèlement contre les journalistes, ainsi que des garanties concrètes pour leur sécurité.
Dans toute démocratie, les forces de sécurité protègent l’ordre public ; elles ne devraient jamais devenir un facteur de peur pour ceux qui informent. Le journaliste n’est ni un adversaire, ni un intrus : il est un témoin nécessaire.
En exprimant sa solidarité totale à Cheick Camara, le SPPG rappelle une évidence : museler la presse n’a jamais renforcé un État. Au contraire, une nation grandit lorsqu’elle accepte le regard critique de ceux qui racontent sa réalité.
Alpha Amadou Diallo

































