Chronique :
En Guinée, le temps des diagnostics semble toucher à sa fin. Place désormais à l’épreuve des résultats. C’est en substance le message qu’a voulu faire passer le Premier ministre Bah Oury en recevant une délégation de la Société financière internationale (SFI), bras financier du secteur privé du Groupe de la Banque mondiale.
Derrière les formules diplomatiques et les déclarations de bonnes intentions, une réalité s’impose : la Guinée est attendue sur le terrain des réformes concrètes. Et le chef du gouvernement en est visiblement conscient.
« Maintenant, il faut passer aux actes », a-t-il martelé, comme pour marquer une rupture avec l’ère des annonces sans lendemain. Car transformer une économie ne se décrète pas. Cela exige des réformes profondes, de la constance politique et surtout une capacité d’exécution que beaucoup de pays riches en ressources naturelles peinent encore à démontrer.
Du côté de la SFI, le discours est resté fidèle à la logique des institutions financières internationales : bâtir une économie résiliente, diversifiée et créatrice d’emplois. Un objectif presque classique, mais qui, dans le cas guinéen, reste un défi majeur tant l’économie demeure dépendante du secteur minier.
La présence de Makhtar Diop et de son équipe à Conakry n’est donc pas anodine. Elle traduit l’intérêt des partenaires internationaux pour une Guinée qui cherche à se repositionner économiquement, notamment à travers ses grands projets structurants et ses ambitions de transformation industrielle.
Mais la véritable question reste posée : la Guinée aura-t-elle transformer ces partenariats en véritables leviers de développement ?
Bah Oury semble vouloir y croire. En insistant sur la nécessité d’un accompagnement technique, financier et stratégique, il reconnaît implicitement que la réussite des réformes dépendra aussi de la qualité des partenariats internationaux et de la capacité de l’administration guinéenne à absorber ces appuis avec efficacité.
Au fond, ce discours traduit une prise de conscience : le défi guinéen n’est plus seulement de mobiliser des financements, mais de garantir la rigueur dans leur utilisation, la cohérence dans les politiques publiques et l’efficacité dans l’exécution des projets.
La référence à la « rigueur » et au « sérieux » n’est d’ailleurs pas anodine. Elle renvoie à une exigence de gouvernance souvent réclamée par les partenaires techniques et financiers, mais aussi par les citoyens guinéens eux-mêmes, de plus en plus attentifs aux résultats concrets des politiques publiques.
En affichant la disponibilité de son gouvernement à travailler avec les institutions de Bretton Woods, le Premier ministre envoie un signal d’ouverture. Mais il s’agit aussi d’un test de crédibilité : la transformation économique évoquée ne pourra devenir réalité que si les réformes annoncées survivent à l’épreuve du temps et des intérêts divergents.
Car au final, la Guinée n’a peut-être plus besoin de nouvelles visions. Elle a surtout besoin de preuves.
Et c’est précisément là que commence le véritable chantier.
Sibé Fofana




































