Le secteur culturel guinéen franchit un nouveau cap. Le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, à travers le Bureau guinéen du droit d’auteur (BGDA), a annoncé avoir collecté plus de 13,6 milliards de francs guinéens au titre de l’exercice 2025, destinés aux artistes et créateurs.
L’annonce a été faite ce vendredi 10 avril à la Maison de la presse, à la Minière (commune de Dixinn), par le ministre Moussa Moïse Sylla, à l’occasion d’une conférence de presse consacrée au lancement du paiement des droits d’auteur et à la présentation des nouveaux outils numériques du BGDA.
Cette rencontre, qui a mobilisé de nombreux acteurs du monde culturel, s’inscrit dans une dynamique de réforme et de modernisation de la gouvernance culturelle. Elle a notamment été marquée par la présentation d’innovations digitales, dont un site web et des applications dédiées à la gestion des droits.
Pour l’année 2025, le montant total collecté s’élève précisément à 13 639 341 196 GNF. Selon le ministre, cette avancée témoigne de « l’engagement ferme du gouvernement à garantir une rémunération juste aux créateurs guinéens, véritables artisans de notre identité ».
Trois piliers pour une réforme en profondeur
La réforme engagée repose sur trois axes majeurs : la relance des partenariats internationaux, notamment avec la CISAC et l’OMPI ; la digitalisation intégrale du système à travers l’application iBGDA ; et la mise en place de la rémunération pour copie privée.
Sur le principe de réciprocité, Moussa Moïse Sylla a précisé que les artistes guinéens pourront désormais percevoir leurs droits générés à l’étranger, tout comme les artistes étrangers exploitant leurs œuvres en Guinée.
Le ministre a également dénoncé les limites de l’ancien système basé sur des registres physiques. « Il fallait mettre fin à cette gestion pour entrer dans l’ère de la transparence. L’application iBGDA permet désormais une traçabilité complète des œuvres et une répartition fondée sur des critères réels de diffusion », a-t-il expliqué.
Une répartition encadrée et transparente
Le montant global collecté sera réparti après déductions légales, notamment les frais de gestion, les impôts, les charges sociales et une contribution de 25 % au Fonds de développement des arts et de la culture (FODAC).
La répartition par catégorie se présente comme suit :
- Copie privée : 5 894 335 289 GNF
- Radio-Télévision (grands droits) : 2 890 000 000 GNF
- Pré-écoute téléphonique (ring back tones) : 1 937 286 964 GNF
- Communication au public : 1 131 485 790 GNF
- Catalogue Silyphone (étranger) : 640 000 000 GNF
- Exécution publique : 523 953 153 GNF
- Déambulation sonore : 404 600 000 GNF
- Séances occasionnelles : 15 640 000 GNF
- Médias privés (radio-TV) : 2 040 000 GNF
Insistant sur la transparence, le ministre a rappelé que ces fonds « n’appartiennent pas à l’État, mais aux auteurs et créateurs ». Il a ainsi appelé à plus de pédagogie dans la gestion et la répartition des revenus : « Chaque montant doit être justifié. Les artistes doivent comprendre pourquoi ils perçoivent tel ou tel droit ».
Le numérique au cœur du dispositif
De son côté, le directeur général du BGDA a souligné que cette conférence s’inscrit dans une réforme structurante du secteur. Il a évoqué un « double événement historique » : l’annonce de la répartition des droits pour 2025 et le lancement officiel des plateformes numériques de l’institution.
Selon lui, la digitalisation constitue une avancée majeure. Désormais, les créateurs peuvent s’inscrire en ligne, gérer leurs œuvres et suivre l’évolution de leurs dossiers sans avoir à se déplacer. « Ils peuvent créer leur compte et suivre leurs démarches directement en ligne », a-t-il indiqué.
Début des paiements dès le 13 avril
Le processus de répartition débutera le 13 avril avec les droits issus de la radio-télévision publique. Il se poursuivra en mai avec la copie privée et les droits téléphoniques, avant de s’étendre progressivement jusqu’en décembre 2026.
Enfin, les autorités ont appelé les utilisateurs et diffuseurs d’œuvres à s’acquitter des redevances, condition essentielle pour garantir une rémunération équitable aux artistes.
Avec cette réforme, le BGDA entend tourner la page d’une gestion jugée opaque et poser les bases d’un système plus moderne, transparent et équitable au service de la création guinéenne.
Marliatou Sall


































