À Siguiri, la route est en train de devenir un véritable couloir de la mort. En seulement une semaine, cinq personnes ont perdu la vie dans plusieurs accidents de la circulation survenus entre le 16 et le 23 mai. Cinq morts en quelques jours. Cinq familles plongées dans le deuil. Cinq drames qui viennent rappeler, une fois de plus, que l’insécurité routière est devenue l’une des tragédies silencieuses les plus inquiétantes du pays.
Derrière ces chiffres se cachent des vies brutalement interrompues, des parents effondrés, des enfants orphelins et des familles détruites par quelques secondes d’imprudence. Car dans la majorité des cas, les accidents ne relèvent ni du hasard ni de la fatalité. Ils sont souvent le résultat d’un mélange dangereux : excès de vitesse, conduite imprudente, non-respect du code de la route, surcharge des engins, consommation de stupéfiants ou encore absence totale de formation chez certains conducteurs.
Le plus alarmant reste peut-être la banalisation de ces comportements.
À l’approche de la Tabaski, les déplacements se multiplient à travers le pays. Les motos circulent à vive allure, les véhicules de transport sont surchargés et beaucoup d’usagers prennent la route comme si les règles de sécurité étaient facultatives. Cette période festive, qui devrait être un moment de joie et de retrouvailles familiales, se transforme malheureusement chaque année en saison de deuil pour de nombreuses familles.
Le cri d’alerte lancé par le médecin légiste des urgences de l’hôpital préfectoral de Siguiri, Abdoulaye Bachir Condé, mérite d’être entendu avec sérieux. Lorsqu’il affirme que le manque d’éducation routière pousse certains usagers « à faire n’importe quoi », il décrit une réalité visible quotidiennement sur les routes guinéennes.
Le problème dépasse d’ailleurs la seule question des infrastructures. Certes, les routes dégradées favorisent les accidents. Certes, le manque d’éclairage et de signalisation complique parfois la circulation. Mais le véritable danger demeure le comportement humain.
On conduit souvent sans casque. On téléphone au volant. On transporte plusieurs personnes sur une seule moto. On roule à des vitesses excessives dans les quartiers et marchés. Certains jeunes transforment même les routes en espaces de démonstration et de compétition. Comme si la prudence était devenue un signe de faiblesse.
Pourtant, conduire est une responsabilité, pas un jeu.
Aujourd’hui, il devient urgent de faire de la sécurité routière une véritable cause nationale. Les campagnes de sensibilisation doivent être renforcées dans les écoles, les médias, les gares routières et les quartiers. Les autorités doivent également accentuer les contrôles, sanctionner les comportements dangereux et exiger le respect strict du code de la route.
Mais la responsabilité ne repose pas uniquement sur les forces de sécurité.
Chaque conducteur doit comprendre que quelques secondes d’imprudence peuvent briser toute une vie. Chaque parent doit sensibiliser ses enfants. Chaque propriétaire d’engin doit vérifier l’état de son véhicule avant de prendre la route. Chaque passager doit refuser la surcharge et les conduites à risque.
Quelques gestes simples peuvent sauver des vies :
- Porter systématiquement un casque ou une ceinture de sécurité ;
- Respecter les limitations de vitesse ;
- Éviter l’usage du téléphone au volant ;
- Ne pas conduire sous l’effet de l’alcool ou de produits stupéfiants ;
- Vérifier régulièrement les freins, pneus et éclairages des véhicules ;
- Faire preuve de patience et de civisme sur la route.
La Tabaski approche. Les routes seront encore plus fréquentées dans les prochains jours. Plus que jamais, la prudence doit l’emporter sur la précipitation.
Car aucune fête ne mérite qu’on perde une vie sur le goudron.
Saliou Keita


































